Le sommet du G7, qui réunira les dirigeants des grandes puissances mondiales à Évian du 15 au 18 juin prochains, s'apprête à bouleverser la vie genevoise. Dès le vendredi 12 juin, le renforcement des contrôles aux frontières, la fermeture de plusieurs douanes secondaires et la menace de blocages logistiques vont perturber la région. Entre les craintes des commercants, la contestation sociale et les négociations financières avec Paris, la vice-présidente du Conseil d’État Carole-Anne Kast, le traiteur Gislain Genecand et la syndicaliste Mathilde Mottet dévoilent les coulisses d'une semaine pas comme les autres lors d'une émission spéciale.
À l'approche de l'événement, la mobilité s'annonce comme le premier grand défi des Genevois et des frontaliers. Invitée à dresser le tableau de ce qui attend les usagers de la route, la conseillère d’État Carole-Anne Kast prévient que l'accès transfrontalier sera drastiquement restreint. , rappelant qu'emprunter des chemins viticoles ou de traverse pour contourner les blocages sera rigoureusement interdit.
«Nous avons concentré l'accès au territoire sur un certain nombre de points de douane et donc fermé les autres. Ca va être embouteillé»
Cette paralysie routière inquiète aussi les acteurs économiques locaux, encore marqués par le souvenir des débordements du G8 de 2003. Membre de la NODE (Nouvelle Organisation Des Entrepreneurs), le traiteur Gislain Genecand précise que pour son entreprise, les conséquences financières sont déjà bien réelles.
«On a beaucoup de manifestations qui se sont annulées, ou avec nombres significativement plus bas»
Les restaurateurs redoutent également d'immenses difficultés d'approvisionnement en raison des restrictions imposées aux poids lourds, empêchant les livraisons de ses fournisseurs, déplore l'entrepreneur, qui doit aussi composer avec le risque de voir son personnel bloqué aux frontières.
Pour atténuer ce potentiel chaos routier, le Conseil d'État mise massivement sur le travail à distance, bien qu'il ne dispose d'aucun pouvoir de contrainte. Interpellée par le cas d'un auditeur dont l'employeur refuse le travail à domicile, Carole-Anne Kast a réitéré la position de l'exécutif.
«On ne peut pas forcer les entreprises à autoriser le télétravail, mais on le recommande fortement»
Si cette solution soulage les axes routiers, elle représente un autre coup dur pour les commerces des centres-villes, qui se videront de leurs clients habituels. Gislain Genecand anticipe une baisse drastique de la fréquentation. Une double peine pour des structures locales déjà fragilisées.
«Qui dit télétravail dit moins de fréquentation dans les restaurants»
Au-delà des aspects logistiques, le G7 ravive un clivage politique profond à Genève. Pour Mathilde Mottet, secrétaire syndicale au SSP et militante féministe, la colère de la rue est totalement légitime face à des inégalités locales criantes.
«En 2012, on avait les 2% les plus riches de la population qui détenaient 49%. Aujourd'hui on est passé à ces 2% qui détiennent 75%»
Cette vision globale se heurte toutefois aux réalités des petits commerçants, qui craignent de voir leurs outils de travail vandalisés par des groupuscules violents en marge des cortèges. Sur le terrain, la gestion de cette contestation démocratique a fait l'objet d'un sérieux arbitrage avec la France voisine. Berne espérait que Paris mette sur pied un contre-sommet officiel pour canaliser les mouvements citoyens, sans succès regrette Carole-Anne Kast
«La France n'a pas voulu proactivement mettre en place un espace et les militants ont renoncé finalement à le demander un peu sur la dernière ligne droite»
Ce qui n'empêche pas la coalition «No G7» propose un programme alternatif avance Mathilde Mottet.
Il y a un très beau programme, des conférences, le festival Echoes of Freedom... Le but c'est de profiter de tous ces invités pour aussi créer du collectif»
Un camping destiné à accueillir les manifestants sera également installé à plusieurs dizaines de kilomètres du centre-ville, mais les autorités genevoises ont admis ne pas en connaître la localisation exacte, faute d'encadrement officiel.
«Pour moi les méchants, c'est les dirigeants du G7, à mon sens c'est eux les véritables casseurs de service public, de la solidarité, des vies»
La gestion policière suscite aussi une appréhension au sein des mouvements sociaux. Mathilde Mottet ne cache pas ses doutes face à l'ampleur du dispositif de sécurité déployé dans le canton. La syndicaliste fustige un «état de psychose» qui aurait été entretenu ces derniers mois et redoute des dérives sur le terrain, en s'appuyant sur des interventions passées qu'elle juge disproportionnées.
«J'ai clairement des craintes par rapport à tout l'appareil répressif qui est en train de se mettre en place à Genève»
Évoquant le spectre de charges et de l'usage de gaz lacrymogènes, elle exprime une inquiétude pour les jours à venir: que l'histoire ne se répète». Pointant du doigt le manque de recul des autorités, elle regrette la posture adoptée par la police lors de précédents défilés, affirmant que les forces de l'ordre avaient plutôt un rôle de provocateur. Pour ce rassemblement du 14 juin, elle demande que la police s'en tienne à sa mission première.
«J'espère que la police jouera le rôle de protéger les gens, de protéger la population, qui est censée être son rôle normalement»
Enfin, ce sommet d'Évian donne lieu à de nombreuses tractations, y compris financières en coulisses. Genève, par la voix de ses conseillers d'État Thierry Apothéloz et Carole-Anne Kast, refuse de porter seule le fardeau financier d'un événement qui se déroule sur sol français. Si la Confédération a accepté de couvrir 80% des frais de police engagés côté suisse, Paris refuse obstinément de participer aux mesures de sécurité déployées à Genève.
La vice-présidente du Conseil d'État ne cache pas son insatisfaction face à cette impasse diplomatique.
«Nous n'avons pas obtenu à ce stade d'accord de la France de participer à ces frais de sécurité. Pour le moment nous ne sommes pas satisfaits, mais peut-être qu'on le sera in fine»
Les discussions se poursuivent au niveau fédéral, la Genève économique et politique retient son souffle pendant que des personnes venues de toute la Suisse et au delà veulent changer de paradigme.
Entretiens réalisés par Benjamin Smadja
Adaptation web avec IA
Invité
12 avril 2022 à 20 h 20 min
Félicitation au TCS qui lui est conscient des intérêts de chacun, ce contrairement au gouvernement actuel genevois qui est juste anti-voitures et véhicules à moteurs en général... Une minorité d'extrémistes écologistes semble tristement imposer son point de vue par le biais des alliances politiques 🙁 Si ils croient qu'on va encore voter pour eux au prochaines élections après le pétchi qu'ils ont foutu, ils peuvent toujours rêver...