Championne du Monde en titre sur 100 m haies, Ditaji Kambundji a vu son statut changer.
Le 15 septembre dernier, elle écrivait l'une des plus belles pages de l'histoire du sport suisse en devenant championne du monde du 100 m haies. Huit mois plus tard, Ditaji Kambundji est restée elle-même, elle est toujours la petite sœur de Mujinga. Mais elle est désormais passée du rôle de chasseuse à celui de chassée.
Cette comparaison, c'est Mujinga Kambundji elle-même qui l'impose. De retour à l'entraînement après la naissance de son premier enfant Léon il y a six mois, la star de l'athlétisme suisse ne peut pas encore donner sa pleine mesure: "D'habitude, c'est moi la chassée. Là, c'est elle qui m'emmène dans son sillage."
Un constat qui fait sourire sa cadette. Mais un constat qui s'applique aussi à la nouvelle "vie" de Ditaji Kambundji. Le chrono qui lui a permis de se parer d'or aux Mondiaux en plein air de Tokyo 2025, 12''24, fait d'elle la 7e performeuse de l'histoire. Un statut enviable, mais qu'il s'agit forcément de confirmer.
Ce qui n'est certainement pas le plus aisé. Vice-championne du monde en salle en 2025 en 7''73, la Bernoise a d'ailleurs dû se contenter du 4e rang lors des récents Mondiaux indoor 2026 à Torun. En 7''75, à 0''03 des 2e et 3e places. "Tout le monde savait qu'il faudrait battre le record du monde pour obtenir le titre", souligne-t-elle.
Et c'est ce qui s'est produit. La Bahaméenne Devynne Charlton a cueilli l'or en 7''63, nouvelle meilleure marque mondiale, Nadine Visser (2e) et Pia Skrzyszowska (3e) réussissant 7''73. "Le niveau est si élevé dans la discipline. Cela pousse tout le monde à aller plus vite. C'est un cercle vertueux", lâche Ditaji Kambundji.
"Cette densité montre aussi que tout est ouvert. Et cette mentalité m'avait aidé à croire en mes chances à Tokyo. Je m'étais dit 'si je suis en finale, étant donné le niveau de mes rivales, c'est que j'ai ma chance'", poursuit la Bernoise, qui s'est confiée aux médias la semaine passée lors du Media Day de Swiss Athletics.
Objectif: Mondiaux
Pas trace de déception donc à l'heure d'évoquer ce 4e rang. Son regard est déjà tourné vers le prochain objectif, son grand objectif de l'année, les Européens de Birmingham (10-16 août) où elle visera une médaille. "La planification de ma saison est construite de telle sorte que j'atteigne mon pic de forme à Birmingham", confie-t-elle.
"Ce n'est pas possible de courir toute la saison en 12''24", prévient Ditaji Kambundji, dont la saison estivale démarrera samedi à Shanghai/Keqiao où deux autres Suisses seront en lice (Jason Joseph sur 110 m haies et Joceline Wind sur 1500 m). "Mais je dois être plus constante dans les 12''30-12''40", précise-t-elle.
"Cela ne suffit pas de courir en 12''40-12''50, comme c'était le cas la saison dernière. Ce n'est que quand je parviendrai à réussir régulièrement des chronos en 12''30-12''40 que je pourrai rééditer mon exploit de Tokyo", analyse la double médaillée européenne en plein air (argent en 2024, bronze en 2022).
Pour parvenir à ses fins, Ditaji Kambundji doit néanmoins accepter de monter tranquillement en puissance au fil des semaines. "On a besoin de cette courbe de progression pour planifier au mieux mes entraînements", explique la Bernoise, consciente qu'elle ne sera peut-être au sommet de son art qu'en août.
N'a-t-elle d'ailleurs pas peur de décevoir médias et grand public si certaines performances du début de saison n'étaient pas à la hauteur de son statut de championne du monde? "J'ai envie de dire au public 'Faites-moi confiance'. Quant à vous les médias, vous aurez encore l'occasion d'écrire de belles histoires", sourit-elle.
Une marge de progression
Son titre mondial, décroché à 22 ans et 4 mois, a "un peu changé les choses", mais pas sa simplicité ni sa joie de vivre. Et "mes objectifs sont toujours les mêmes, ma façon de travailler et d'aborder les compétitions aussi. Et j'aurai toujours une marge de progression", glisse cette compétitrice-née.
Ditaji Kambundji a la "chance" de s'adonner à une discipline dont l'essence même - le franchissement de haies - rend la quête de la perfection plus vaste encore. Son ambition et son amour du travail bien fait, couplés à une lucidité impressionnante pour son âge, lui autorisent tous les espoirs.
Et dans sa chasse aux centièmes de seconde, elle n'a pas peur de respirer, de faire un pas de côté. Devenue depuis peu la baby-sitter de luxe de son neveu Léon, elle a aussi trouvé le temps de créer et de confectionner la robe qu'elle a portée lors de la récente cérémonie des Sports Awards.
"Quand on veut trouver le temps, on y arrive", souligne la sportive suisse de l'année, qui compte bien ne pas s'arrêter à cette première expérience en couture. "J'aime ça. C'est quelque chose de créatif, ça change beaucoup du sport", sourit Ditaji Kambundji, qui a forcément besoin de se changer les idées. Afin de mieux foncer.