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Les cafés genevois: entre souvenirs des années 80 et mutations sociales

Découvrez l'exposition "Café Genevois" qui explore les années 70 et 80. Frédéric Sardet nous éclaire sur l'évolution des cafés, témoins de nos vies sociales à Genève.

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En direct du café restaurant Le Lyrique, Radio Lac célèbre l'exposition "Café Genevois", qui plonge dans l'ambiance des années 70 et 80. Frédéric Sardet, directeur de la Bibliothèque de Genève, partage ses souvenirs des cafés, lieux de vie sociale et d'échanges, comme l'ancien café Monney ou le Café du Rond-Point à Plainpalais. Il évoque l'évolution des pratiques, où l'on pouvait autrefois chanter, danser et fumer librement. M. Sardet souligne la transformation de ces espaces, passés d'un rôle de lieu de rencontre potentiellement subversif à des établissements plus formels. Il regrette la disparition de l'ambiance conviviale d'antan et l'augmentation des prix, rendant les cafés moins accessibles à tous, contrairement à certaines traditions européennes.

Résumé généré automatiquement à partir du contenu audio de l’émission.

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Il est 46 minutes. Nous sommes en direct du café restaurant Le Lyrique pour cette émission spéciale, jusqu’à 10h. Nous parlons justement d’une très belle exposition qui s’appelle Café Genevois. On plonge dans l’univers des années 70 et 80. Cette exposition est à découvrir en ce moment et jusqu’à cet automne à la bibliothèque de Genève. Pour en parler, Frédéric Sardet, directeur de la bibliothèque de Genève.

Une question que nous ne vous avons pas encore posée Frédéric: avez-vous des habitudes dans les cafés? Êtes-vous un habitué de ces lieux? Aimez-vous y passer un peu de temps le matin avant d’aller travailler ou pourquoi pas le temps de faire une petite pause?

Oui, j’aime bien les cafés. Il y a encore très peu de temps, j’allais régulièrement le matin chez Memette, comme on disait, qui était à deux pas d’ici. C’était un petit troquet vraiment authentique, qui n’avait pas bougé, où l’on retrouvait une clientèle d’habitués, souvent des gens de l’université, car il était vraiment adjacent à l’université. Ce sont des gens que je côtoie aussi dans le travail. Il a fermé; il a pris, je pense, sa retraite. Il n’a pas beaucoup parlé quand il a quitté les lieux, même si on discutait beaucoup ensemble quand on se voyait, on avait toujours un mot rigolo. C’est quelqu’un aussi politiquement engagé, qui ne cachait pas ses visées dans la vie internationale. Il était d’origine turco-arménienne.

C’était un lieu où j’aimais bien aller le matin. Je fréquente toujours, et c’est aussi un lieu que j’ai fréquenté dans les années 80 quand j’étais étudiant, le Café du Rond-Point à Plainpalais. J’aime bien y aller; je trouve que c’est un endroit sympa où les gens ont du plaisir à venir manger. J’y allais en tant qu’étudiant boire un café avec les copains du ciné-club. J’étais dans un comité de ciné-club avec des gens qui, d’ailleurs, sont devenus des critiques de cinéma, tant mieux pour eux. On finissait nos séances assez régulièrement là-bas, en s’engueulant sur les films dont on parlait.

Ce sont souvent des souvenirs, ces tranches de vie dans les cafés. Frédéric, ce qui m’interpelle dans ces photos de Gignoux, nous en parlions tout à l’heure, ce sont ces rapports de vie. Ce sont surtout des endroits où les bars nous permettaient de passer de bons moments avec les copains: on chantait, on dansait, on fumait des clopes, on buvait des ballons de vin. En réalité, on faisait tout ce qu’on n’a plus trop le droit de faire aujourd’hui dans les cafés.

C’est clair que les formes de sociabilité ont changé tout au long de notre vie. Nous avions des lieux comme les cafés qui ont été longtemps sous la surveillance policière, car ce sont quand même des lieux où les gens se réunissaient avec des intentions, je dirais, qui dérangeaient l’autorité. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse: on est content que les gens aillent dans les cafés, on les soutient. Nous avons fait des recensements des cafés historiques; il y en a un dans le canton de Genève. C’est un renversement déjà de rapport.

Et puis, on a évincé... vous évoquiez la musique. Évidemment, ce n’est pas dans tous les cafés tout le temps. Quand Gignoux photographie des gens au piano, à l’accordéon, à jouer du pipeau, ce n’est pas forcément tous les soirs. C’est difficile, nous n’avons pas le contexte de prise de vue. Ceci dit, ce qui est très intéressant dans ces photos, c’est que ces gens, ces jeunes qui jouent de la musique dans le café, quand vous regardez la photo, ceux d’à côté, ça ne les dérange pas. Ils ne réagissent pas; nous n’avons pas le sentiment qu’ils sont agressés par cette musique.

Aujourd’hui, qu’avons-nous dans les cafés? C’est de la musique par haut-parleur, qui diffuse de manière ininterrompue, et le soir le son monte (le ton peut-être aussi). Mais disons que les conditions d’échanges verbaux deviennent parfois compliquées à cause du son de la musique. C’est une musique qui domine tout, comme si l’on voulait renoncer au silence que les humains pouvaient aussi créer. Dans les années 80, il y avait évidemment des rythmes, selon le matin, selon le soir, les lieux. Il n’y a pas une uniformité, un seul modèle de café. Mais certainement, on a évincé les piliers de bistrot, on a évincé les petites gens, car c’est cher quand même le café. Ce n’est plus un produit, même aujourd’hui quand on va en Italie, on peut encore boire un café pour pas très cher au comptoir. Là, c’est fini: pour moins de quatre balles, vous trouvez difficilement. Je ne parle pas de l’alcool, etc. Le rapport de transformation de la fréquentation sociale des cafés s’initie et se concrétise vraiment dans les années 80.

Cette passion, cet engouement pour les cafés continue d’exister. La preuve: nous sommes en direct du café restaurant Le Lyrique jusqu’à 10h. Merci beaucoup Frédéric Sardet. Cette exposition qui s’appelle donc Café Genevois, avec des photos incroyables, des textes aussi qui nous replongent dans les années 70 à 80, est à découvrir en ce moment jusqu’à cet automne, on le disait, du côté de la bibliothèque de Genève. Merci beaucoup. Nous allons nous retrouver dans quelques instants. Qui chante ça arrive sur Radio Lac, avec le meilleur de la musique: Eros Ramazzotti et Tina Turner.

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