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Radio Lac Matin

Vers une interdiction des solariums en Suisse ?

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La Suisse a le deuxième plus fort taux de mélanomes du monde. Les solariums sont pointés du doigts depuis plusieurs années. Depuis hier, leur interdiction est de nouveau à l’ordre du jour, en France, mais pas seulement.

En 2015, plusieurs politiques suisses avaient demandé à interdire les solariums dans le pays. La seule mesure prise pour le moment est l’ordonnance fédérale qui prévoit interdiction des solariums aux mineurs dès 2019. Seuls deux cantons ont déjà pris cette décision : le canton de Vaud et le Jura.

C’est une vraie question de santé publique. S’exposer aux UV artificiels avant 35 ans augmenterait de 60% le risque de développer un cancer de la peau ? Et qu’avant l’âge de 30 ans, plus de 40% des mélanomes seraient liés à la fréquentation des solariums. Face à ces derniers chiffres, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), en France, a tiré la sonnette d’alarme hier. Elle demande aux pouvoirs publics d’interdire les solariums.

Les UV des solariums ont été classés « cancérogènes » par l’OMS 

En plus des risques de développer des mélanomes avant 30 ans, les séances en cabine ne préparent pas la peau au soleil, elles ne font que la colorer. Ce qui a aussi des conséquences sur le vieillissement de la peau : il est 4 fois plus rapide avec des UV artificiels qu’avec du soleil.

Si la France opte pour l’interdiction, elle serait le premier pays européen à le faire. Le Brésil l’a déjà fait en 2009 et l’Australie en 2016. 

Une enquête sur l’encadrement des solariums

Les personnes qui se rendent régulièrement au solarium ont deux fois plus de risques d’attraper un cancer de la peau que ceux qui ne s’y rendent jamais. C’est ce que rappelle l’Office fédéral de la santé publique, qui a mandaté la Haute école de Saint-Gall pour réaliser une étude de marché concernant les solariums en Suisse. Entre les salons de bronzage classiques, les hôtels, les centres de fitness, les salons de beauté et les bains, il existe en Suisse un peu plus de 1400 solariums. La majorité est accessible en libre-service… Qui dit libre service, dit peu, ou pas encadré, et donc plus de risques…

Selon l’enquête, les établissements ne satisfont en moyenne qu’à 42 % les critères définis. Seuls 20% des solariums contrôlés disposent d’un contrôle d’accès pour les mineurs.

Si l’interdiction des solariums en Suisse ne semble pas d’actualité, les établissements ont en tout cas jusqu’au premier semestre 2019 pour renforcer les contrôles, puisque c’est à cette période que la loi et l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant et le son devrait entrer en vigueur.

Les solariums ne seront pas les seuls concernées par cette loi : les traitements cosmétiques avec des lampes flash et des lasers de forte puissance seront également mieux encadrés.

Mélissa Henry Chronique conso

L'Edito Politique

« L’expérience, voilà le maître en toutes choses ».

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Les personnes de 50 ans et plus qui se retrouvent sans emploi pourront peut-être bientôt saisir la justice pour discrimination. Une initiative populaire va être lancée prochainement dimanche selon la NZZ am Sonntag, Raphaël Leroy:

On ne sait plus quoi proposer pour endiguer le chômage des plus de 50 ans dans notre pays. Ce printemps, la Conférence suisse des institutions d’action sociale proposait que les seniors sans emploi touchent des allocations jusqu’à l’âge de la retraite. Cet été, c’était au tour de l’association Workfair 50+ d’annoncer le lancement d’une initiative pour fixer un taux unique de cotisations au deuxième pilier. Des propositions qui ont été plus ou moins bien acceptées par les différents acteurs du domaine.

Aujourd’hui, ce sont d’autres associations, dont Avenir 50 plus, qui proposent leur solution au chômage des quinquagénaires. L’idée est simple et part d’un certain bon sens : si on peut être discriminé sur son lieu de travail en raison de sa couleur de peau ou de son genre, pourquoi ne le pourrait-on pas en raison de son âge ? Dès lors, il est anormal de ne pas pouvoir faire valoir une telle inégalité auprès d’une juridiction suisse. L’association veut donc muscler la Constitution helvétique, via une initiative, pour endiguer le phénomène.

Que propose donc ce texte? La nouvelle disposition constitutionnelle permettrait aux salariés de poursuivre une entreprise s’ils estiment avoir été licenciés pour des raisons liées à l’âge. Ils pourraient en faire de même si leur candidature à un emploi n’aurait pas été prise en compte pour ces motifs. D’ores et déjà, les syndicats se disent favorables à cette idée dont l’application reste encore floue. Comment prouver par exemple que l’on n’a pas eu tel ou tel poste en raison de son âge ? Difficile en effet.

Pourtant, le chômage des quinquagénaires est un vrai problème pour notre pays. Il ne cesse d’augmenter au fil es années. Entre 2010 et 2017, il a cru de près de 40%, selon l’association Workfair 50+. C’est quatre fois plus que les autres catégories de chômeurs. Les 50 ans et plus sont confrontés à un phénomène de « remplacement » par des employés « plus jeunes et meilleur marché ». Quant aux demandeurs d’emploi seniors, le « tri sélectif des postulations » les discrimine à l’embauche. Résultat : ils restent bien souvent en inactivité pendant plus d’un an.

Certains se retrouvent alors à l’aide sociale et ne réintègrent jamais le marché du travail. Selon Workfair 50+, seuls 14% des plus de 55 ans à l’aide sociale parviennent à réintégrer durablement le marché du travail. Et un tiers ne retrouvent plus jamais un travail payé.

C’est un drame humain autant que sociétal. Pour les entreprises, les travailleurs âgés coûtent chers. Plus chers que les autres employés en raison notamment de leurs charges sociales. Vouloir lutter contre les discriminations est positif. Mais cela ne suffira pas à inverser la tendance. C’est sur l’harmonisation des charges sociales qu’il faut mettre l’accent, et au fond, c’est une véritable révolution des mentalités qu’il faut opérer. Il faut arrêter de voir les 50 ans et plus comme un coût mais considérer ce que leur expérience peut apporter. Car comme disait Jules César, « l’expérience, voilà le maître en toutes choses ».

@raphaelleroy

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Les signatures Radio Lac

Les enjeux de l’approvisionnement énergétique en Suisse

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L’approvisionnement énergétique de la Suisse est sans doute le plus gros dossier qui attend la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga

C’est le moins que l’on puisse dire. Lorsqu’ils évoquent son futur département,  les médias n’éprouvent aucune crainte tant tout semble aller pour le mieux dans cet îlot isolé au coeur de l’Europe. En pourtant, le futur énergétique du pays va lui donner du fil à retordre. Car si Doris Leuthard, charmante ministre en charge de la reconversion énergétique, a réussi fort opportunément, dans le contexte émotionnel consécutif au drame de Fukushima, à faire voter l’abandon du nucléaire, puis le programme Energie 2050, c’est bien son successeur qui aura la lourde tâche de le mettre en oeuvre.

Le compte à rebours a déjà débuté

Car dans tout juste une année, la centrale de nucléaire de Mühleberg, la première des cinq centrales suisses à avoir été mise en service, c’était en 1972, cessera sa production et s’engagera dans une longue, et très onéreuse, procédure de démantèlement. Peu après, ce sera le tour de celle de Fessenheim, en Alsace, de tourner l’interrupteur. Or les grandes compagnies suisses détiennent des participations dans cette ancienne centrale française d’EDF.

Ces fermetures ne constituent pas une surprise?

Certainement pas, et les actionnaires distributeurs ont bien entendu pris des dispositions pour assurer l’approvisionnement de leurs clients. Le producteur-distributeur vaudois Romande Energie a notamment pris des participations dans des parcs éoliens de la côte atlantique, mais aussi dans l’hydraulique, en France et en Suisse, où il a repris de petites compagnies, notamment dans le Chablais vaudois et valaisan.

Mais cela ne suffira pas

En tout cas pas en termes d’auto-approvisionnement. A ce stade, ce n’est pas dramatique. Le courant électrique n’a jamais été aussi bon marché en Europe. Au point d’ailleurs de rendre la production d’énergie hydraulique indigène peu compétitive. Et cela lorsqu’elle provient des grands barrages alpins. Car la période de sécheresse prolongée que nous venons de vivre a sérieusement plombé la production d’électricité sur des bassins comme celui de la vallée de Joux et de l’Orbe.

Il suffit de se tourner vers les énergies renouvelables

Parlons-en! Romande Energie a décidé il y a quelques années d’investir 500 millions de francs dans la reconversion et l’efficience énergétique. La compagnie vaudoise a réalisé de grands parcs photovoltaïques, notamment à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, l’EPFL, et ailleurs dans le canton. Elle a aussi investi dans des installations de production à partir de la biomasse. Et puis avec une persévérance qui confine à l’entêtement, elle a étudié plusieurs projets de parcs éoliens. Mais à chaque fois, elle se heurte à de vives oppositions. Cela fait tout juste vingt ans que le projet d’implanter une demi-douzaine d’éoliennes sur les hauts de Sainte-Croix a été lancé. La population a même donné son feu vert lors d’une votation. En vain. Les opposants viennent de recourir au Tribunal fédéral. Au terme de cette procédure, la compagnie aura déjà dépensé plusieurs millions de francs sans avoir produit un seul KWh.

Ne faudrait-il pas privilégier l’énergie solaire?

C’est bien ce qui a été fait, mais cette source a des limites. En particulier en automne-hiver, lorsque le Plateau Suisse est régulièrement recouvert une couche de stratus. Et en matière de stockage de l’électrique, on est encore loin d’avoir trouvé des solutions. A titre d’exemple, les actionnaires de l’entreprise Leclanché, à Yverdon-les-Bains, ont déjà investi plus de 125 millions de francs dans la mise au point de batteries au lithium et personne ne sait s’ils aboutiront un jour. Par ailleurs, contrairement à la Chine et aux Etats-Unis, l’Europe n’a pas mis au point un grand programme pour favoriser ce type de stockage. Et il n’est plus question d’énergies fossiles. Les députés vaudois viennent de proscrire toute action de prospection.

Pourquoi les consommateurs suisses ne manifestent-ils pas plus d’inquiétude?

Tout simplement parce qu’ils sont gâtés. Les pannes de courant sont rares dans notre pays, qui a trop pris l’habitude de se servir chez les autres. Le prix du courant électrique est très abordable sur le marché européen, mais personne ne s’interroge sur sa provenance. Car si l’Allemagne a renoncé à l’énergie nucléaire, elle a remis en route les centrales à charbon, une denrée abondante qu’elle peut acquérir à un prix d’ami chez son voisin polonais, où vient de s’achever la Conférence de l’ONU sur le climat, la COP 24… avec pour seul résultat un mode d’emploi pour mettre en oeuvre l’accord de Paris. On peut continuer à faire la sourde oreille et à fermer les yeux, en achetant du courant allemand, on contribue à augmenter les émissions de CO2.

Isidore Raposo Le trouble fête

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La Chronique éco

Le sanctuaire Swisscom : une sorte de parafiscalité

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Swisscom va pouvoir faire librement payer l’accès de ses concurrents à son réseau à haut débit. C’est dire si les prix des télécommunications ne vont pas baisser en Suisse. Ils sont pourtant quatre fois plus élevés que la moyenne européenne.

Si l’on se réfère au chiffre d’affaires par résident. A 2247 francs en moyenne par personne, c’est est même deux fois plus élevé que le deuxième Etat le plus cher du classement. C’est-à-dire le Luxembourg.

Et il n’y a aucun moyen politique de changer cela ? Swisscom est pourtant contrôlé par la Confédération.  

C’est bien là que se trouve le cœur du problème. Les télécoms sont un bon exemple d’économie administrée en Suisse. C’est-à-dire régulée. Une bonne partie des prix les plus élevés relèvent plus ou moins directement de la régulation publique. Dans une économie à vocation libérale, ça génère forcément toutes sortes d’acrobaties et d’hypocrisies.

A commencer par le Surveillant des prix à Berne, avec ses seize fonctionnaires fédéraux. Il s’est fendu d’une protestation et de quelques menaces en fin de semaine dernière dans la Tribune de Genève et le Matin Dimanche. C’est une sorte d’auto-contre-pouvoir à la fixation abusive de prix administrés. Dans les télécoms, mais pas seulement. Les transports également, la santé, l’audiovisuel public, les eaux usées, le traitement des ordures et bien d’autres. Le bureau de surveillance des prix s’indigne, puis fait des recommandations que tout le monde accueille avec attention. Pour les oublier aussitôt.

Le plus étonnant, c’est que c’est le Parlement qui protège Swisscom. Alors que le Conseil fédéral voulait limiter la liberté de l’opérateur en position dominante.

Le Conseil fédéral en théorie, disons. En réalité, c’est le Département des télécoms de la conseillère fédérale Doris Leuthard. Très focalisée depuis des années sur la réduction de l’îlot de cherté. En vain. Il n’est pas sûr que les autres ministres s’intéressent beaucoup à ces questions d’intendance. Et ça ne va probablement pas changer avec Simonetta Sommaruga l’an prochain.

En fait, le Parlement ne voit pas très bien pourquoi il devrait cesser de protéger Swisscom, et se mettre à favoriser ses concurrents. En particulier Sunrise, qui appartient à un fonds d’investissement luxembourgeois. Et Salt, l’ancien Orange. Basé à Lausanne et propriété d’un milliardaire français.

Et aussi parce que Swisscom est une source de revenus pour la Confédération.

La Confédération détient un peu plus de 50% du capital de Swisscom. Ce qui veut dire qu’elle encaisse plus de la moitié des dividendes de cette société privatisée il y a vingt ans, et assez rentable jusqu’ici. Plus d’un milliard de francs chaque année. Dans une relative discrétion, parce que ce chiffre ne fait jamais l’objet d’une communication.

Une sorte de fiscalité, en fait.

Swisscom et les prix exorbitants des télécom en Suisse, c’est de la parafiscalité qualifiée. Dont on ne parle jamais ouvertement. Très rentable en plus, parce que les coûts d’imposition sont assumés par le contribuable. C’est peut-être même une parafiscalité assez équitable. Mais pour y voir plus clair, il faudrait au moins que l’on se mette aussi à traiter le cas Swisscom sous cet angle.

François Schaller Ecographie

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La chronique immo

Achat:comment bénéficier d’une réduction des droits de mutation ?

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Cédric Lenoir est avocat spécialisé en droit immobilier au sein de l’Etude LENOIR DELGADO & Associés.

Acheter un bien immobilier à Genève, ça coûte cher. Cependant, l’acquéreur peut à certaines conditions obtenir une réduction du montant des droits d’enregistrement prélevés par l’administration lors du changement de propriétaire.

Il faut d’abord rappeler que la vente d’un bien immobilier implique des frais de transaction importants qui sont principalement constitués des taxes fiscales, des émoluments du registre foncier ainsi que ceux du notaire. A titre d’exemple, la vente d’un appartement d’un million de francs entraînera des frais de transaction d’environ CHF 39’000 composés pour CHF 31’000 des droits de mutation, pour CHF 2’500 des émoluments du registre foncier et pour CHF 5’200 des frais du notaire. On dit en général que les frais de transaction oscillent entre 3% et 4% du montant de la transaction. A cela s’ajoutent encore les frais relatifs à la création éventuelle d’une cédule hypothécaire liée à l’emprunt nécessaire à l’acquisition. En reprenant l’exemple précédent, si l’acquéreur emprunte CHF 800’000, les frais relatifs à la création de la cédule hypothécaire s’élèveront à environ CHF 16’000, soit 2% du montant de la cédule.

Comment peut-on réduire ces montants, qui sont importants ?

Pour favoriser l’accession des classes moyennes à la propriété, la loi prévoit un système de réduction des droits d’enregistrement dénommé CASATAX. Pour en bénéficier, quatre conditions doivent être réunies.

Premièrement, il faut que le logement soit destiné au domicile principal de l’acquéreur, les résidences secondaires ou les appartements de rendement étant donc exclus.

Il faut ensuite que l’acquéreur prouve, dans les deux ans à compter du transfert de propriété, qu’il est domicilié dans le logement en question.

Troisièmement, il faut que l’acquéreur conserve son domicile principal dans ce logement pendant au moins trois ans.

Enfin, la valeur du bien acquis ne doit pas excéder CHF 1’172’986, montant qui est indexé annuellement à l’indice genevois de la construction.

Quelle réduction obtient-on si ces conditions sont réunies ?

Si toutes les conditions sont réunies, les droits d’enregistrement sur la vente en elle-même seront réduits de CHF 17’595 et les droits perçus pour la création d’une cédule hypothécaire seront réduits de moitié. Dans l’exemple que j’ai cité tout à l’heure, les droits d’enregistrement passeraient de CHF 39’000 à
CHF 21’500 et les frais relatifs à la cédule hypothécaire de CHF 16’000 à
CHF 8’000, ce qui fait donc une économie totale de plus de CHF 25’000.

C’est une économie substantielle sachant que les banques exigent généralement que les frais de transaction soient financés par des fonds propres. Concrètement donc, si vous empruntez le maximum possible, soit 80% de la valeur du bien, il faudra encore rajouter environ 3% de fonds propres pour les frais de transaction.

Sachez encore que si vous revendez votre logement ou changez de domicile avant les trois ans requis par la loi, vous devrez rembourser le rabais d’impôt accordé par le système Casatax. Il en ira de même si vous ne prenez pas domicile dans votre logement dans les deux ans suivant l’acquisition.

Cédric Lenoir Immobilier

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Les signatures Radio Lac

La cacophonie des gilets jaunes

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C’est l’incertitude chez nos voisins français. Après l’attentat de Strabourg, le gouvernement a appelé les gilets jaunes à ne pas manifester demain, samedi.

Au sein du mouvement, c’est un peu la cacophonie. Et la grande disparité parmi membres commence à créer la division. Une partie des gilets jaunes estime qu’avec les mesures annoncées par Emmanuel Macron, un pas a été fait dans leur direction, et qu’il faut maintenant cesser les blocages. D’autres, au contraire, pensent que le chef de l’Etat ne leur a accordé que des « miettes ».

Parmi eux, certains sont extrémistes et veulent en découdre avec les institutions, d’autres sont au chômage et vivent dans la pauvreté, d’autres travaillent mais estiment ne pas être suffisamment valorisés et payés.

Dans cette foule hétérogène de gens, il est difficile de dégager des points communs. Ce qui est sûr, c’est que ces gilets jaunes sont issus des périphéries. A l’époque Jean-Pierre Raffarin parlait de la France d’en bas. Moi je parlerai plutôt de la France d’à côté. La France des banlieues, des contours. La France derrière le périph’.

Je connais bien cette France, puisque j’y ai grandi. Ce sont des villes pas désagréables. On s’y installe parce qu’on veut avoir un petit loyer, ou acheter une maison abordable. On a son logement, parfois on le construit, même. Le rêve, d’être propriétaire. Pour vivre, il y a la voiture. Peu de trains, presque pas de bus. Les ados circulent en scooter, les adultes en Fiat ou en Opel. A côté de la maison, dans le quartier, il n’y a rien. Très souvent. Pas de boulangerie, pas de boucherie, pas de commerce. Pas de café, pas de ciné.

C’est pour cette raison que le mouvement a peu de chances d’essaimer en Suisse. Chez nous, la classe moyenne souffre aussi beaucoup. Mais la richesse du réseau ferroviaire suisse évite aux villages reculés de se sentir délaissés. Dans ces régions, il existe encore une presse régionale forte, des cafés, et la religion y est plus implantée. Et tout cela, c’est du lien. Un système fortement décentralisé est un antidote aux gilets jaunes.

Mais en France, pour travailler, on fait 30, 40 minutes de voiture le matin. Chez soi on est bien, on est tranquille. Comme les salaires n’augmentent pas, mais que les prix, eux, s’envolent, on réduit ses loisirs, on se met à compter. On ne va plus chez le boucher, parce qu’Auchan c’est moins cher. Le cinéma c’est loin, alors on regarde Netflix. Et de plus en plus, on est seuls. Dans ces zones, la vie sociale est plus difficile. Plus lointaine. Y’a pas de marché à proximité. Il faut se déplacer loin, pour tout. Du docteur, au cours de danse.

Alors au-delà des problèmes sociaux et économiques évoqués par les gilets jaunes, je crois que cette mobilisation prend sa source dans l’aménagement du territoire. Parce que ces manifestants couleur poussin, en fait, en se retrouvant sur les ronds-points, ils recréent du lien. Ils se trouvent une nouvelle famille, des amis, se sentent moins seuls.

Je ne dis pas que je suis d’accord avec tout ce qu’ils font et disent.

Je dis juste qu’il ne faut pas sous-estimer la puissance du collectif. Ou plutôt, la puissance du besoin de collectif. Et ce collectif, les gilets jaunes ne l’ont pas trouvé dans l’église, dans les partis politiques ou les associations, ils l’ont trouvé spontanément, via les réseaux sociaux, Facebook en tête. Et dans la France des marges, où le premier café à la ronde est à 20 bornes, ben ce n’est pas rien.

Pour évoquer cette dissolution du lien collectif et durable, le philosophe polonais Zygmunt Bauman avait inventé le terme de « société liquide », où les individus ne sont définis que par leurs actes de consommation, qui peuvent changer, bouger. Je crois que les gilets jaunes montrent les limites de ce modèle. Notre société veut du solide. Avant ça, on pensait que les gens étaient de plus en plus retranchés sur eux-mêmes, s’en fichaient de la politique.

Les gilets jaunes montrent que c’est faux. Au contraire : cette population refuse son isolement social et géographique. Elle veut être entendue par l’Etat, elle réclame une intégration.

Et rien que pour ça, cela me réjouit. Les casseurs, les abus, je les condamne. Mais que sur un rond-point, des gens se mettent à parler politique, ensemble, pour moi c’est un progrès. Alors on verra bien demain s’ils sont nombreux à manifester. Et vraiment, sans rancune.

Marie Maurisse Sans rancune

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