Les nouvelles technologies peuvent aussi être au service des négociations internationales. C'est en tout cas l'ambition de Diplodocus, une intelligence artificielle développée au sein de l'Université de Genève par deux professeurs et chercheurs du Global Studies Institute qui souhaitent développer la diplomatie scientifique et renforcer la collaboration internationale grâce à cet outil. Interview de Roland Bouffanais.
Comment négocier un accord complexe en tant que diplomate ? Et si la réponse se trouvait, au moins en partie, du côté des intelligences artificielles. À Université de Genève, les professeurs Roland Bouffanais et Didier Wernli ont développé Diplodocus, un outil pensé pour accompagner des négociations multilatérales toujours plus complexes.
"Les missions diplomatiques sont très différentes, et sont de plus faibles taille dans les pays du Sud par exemple."
Alors en quoi est-il différent de Chat GPT ou de Claude ? "Diplodocus est entrainé sur des données spécifique dont on sait qu'elles sont extrêmement fiables", explique Roland Bouffanais. Le multilatéralisme génère beaucoup de documents, qui ont ainsi été adaptés pour les transformer en datas lisibles. Comme avec toute IA, tout commence par une consigne, un prompt qui doit être aussi détaillé que possible.
Viser l'efficacité
L'instrument pourrait donc être un allié pour les diplomates, "notamment parce que les missions diplomatiques sont très différentes, et sont de plus faibles taille dans les pays du Sud par exemple". Gagner en efficacité, aller plus vite, être plus précis dans la recherche d’arguments, mais aussi "déterminer ce qui a pu être bloquant par le passé, puisque l’on a accès à l’historique des relations internationales".
La démarche s’inscrit dans un contexte de restrictions, notamment au sein de l’Organisation des Nations Unies qui multiplie les coupes de personnel. "Dans le contexte actuel, on pense qu'on peut faire mieux et plus avec moins de personnes, c'est une logique qui peut être discutable. Notre but n'est absolument pas de faciliter les coupes en personnel. Ce qu'on veut c'est aider à l'efficacité des négociations internationales."
Diplomates 2.0
Si l’outil peut soutenir les négociations multilatérales, pourrait-il aussi s’appliquer à des contextes plus quotidiens, négocier avec une régie, par exemple, ou dans des sphères privées ? "On y a pensé, il pourrait être décliné au delà du multilatéralisme", confie Roland Bouffanais. Le modèle contient une recherche sur les processus de consensus afin d'identifier les mécanique derrière le fait de trouver un accord. En revanche, il ne contient pas de partie sociologique sur les décisions.
"Il y a une demande croissante de diplomates formés aux sciences des données."
Le projet en est encore au stade de recherche mais l’objectif à terme est d’en ouvrir l’usage au grand public et aux étudiants en relations internationales."Il y a une demande croissante de diplomates formés aux sciences des données", explique Roland Bouffanais. Lancé il y a un an, le nouveau Bachelor en Sciences computationnelles et relations internationales de l'Université de Genève illustre bien cette tendance d'un besoin de diplomates 2.0.