L'alliance interpartis "Non à l'initiative du chaos" a alerté sur les menaces qui risquent de peser sur le pays si la population accepte le 14 juin l'initiative de l'UDC "Pas de Suisse à 10 millions!". Elle dénonce un texte aux conséquences "très concrètes" sur la vie quotidienne des Suisses dès 2031, notamment au niveau de la santé.
L'initiative "Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité)" demande que la population résidante permanente de la Suisse ne dépasse pas dix millions de personnes d'ici 2050. Le Conseil fédéral et le Parlement devraient prendre des mesures dès que la population dépasse les 9,5 millions.
Un plafond rigide qui inquiète une alliance, qui regroupe le PLR, le Centre, le PVL, le PEV ainsi que des acteurs économiques. Les opposants se sont montrés unanimes lundi devant la presse: le texte de l'UDC conduirait la Suisse au "chaos d'ici trois à quatre ans".
Rappelant les droits de douane américains, la guerre au Moyen-Orient ou encore la situation tendue à Taïwan, le coprésident du PLR Suisse Benjamin Mühlemann estime que les Suisses ne peuvent pas se permettre un "chaos dont nous serions nous-mêmes responsables".
Pénurie de main-d'oeuvre
Pour les opposants, le marché du travail helvétique serait l'un des grands perdants si le texte de l'UDC venait à être accepté. Selon eux, la Suisse a besoin d'immigration pour pallier la pénurie de mains-d'oeuvre qualifiée, notamment dans le domaine de la santé, des services ou de l'hôtellerie-restauration.
Le conseiller national Patrick Hässig (PVL/ZH) craint que l'initiative ne crée de nouveaux obstacles lors du recrutement des employés. "Dès que le plafond démographique fixé sera atteint, il faudra décider quels secteurs auront le droit d'engager des travailleurs étrangers qualifiés. Cela risque d'entraîner une concurrence entre les domaines."
Infirmier diplômé, Patrick Hässig souhaite éviter à la Suisse une évolution similaire à celle du Royaume-Uni. "En Angleterre, la diminution du nombre d'infirmiers qualifiés issus de l'UE après le Brexit a entraîné près de 1500 décès supplémentaires par an."
Outre la main-d'oeuvre, les opposants craignent aussi que les PME helvétiques ne prennent du retard au niveau de l'innovation et de la recherche. Patron d'une entreprise valaisanne qui exporte des machines textiles hautement spécialisées, Pierre-Yves Bonvin a expliqué que son entreprise menait actuellement des projets de coopération avec plusieurs universités en Europe.
"Ilot à visas"
Si l'initiative venait à être acceptée, elle mettrait en danger les accords de libre-échange conclut par la Suisse. Les opposants citent principalement les Bilatérales I et II, qui remettraient en question les accords de Schengen/Dublin.
Sur le plan sécuritaire, la Suisse perdrait donc accès au système d'information Schengen. "Sans lui, la police suisse ne pourra plus lutter efficacement contre les cambrioleurs, les clans et les trafiquants d'êtres humains", explique Alexander Ott, ancien chef de la police des étrangers à Berne. "La police et les services de renseignements deviendraient sourds et aveugles", abonde la conseillère nationale Jacqueline de Quattro (PLR/VD).
Sur le plan du tourisme, la Vaudoise craint que la Suisse ne devienne un "îlot à visas" si les accords de Schengen/Dublin sont rompus. "Nous perdrons en attractivités, notamment pour la clientèle internationale. Les Américains ou les Asiatiques préféreront séjourner chez nos voisins, Megève plutôt que Verbier."
AVS en danger
L'alliance met aussi en exergue les risques qui pèsent sur l'AVS si le texte de l'UDC vient à passer l'épreuve des urnes. Pour elle, l'initiative fait fi de la réalité démographique du pays, d'autant que chaque année, plus de 20'000 personnes quittent le marché du travail sans être remplacés.
Directeur d'un EMS, Lukas Kurmann estime que "les régions périphériques seront les grandes perdantes" . "Les coûts augmenteront et ce sera aux contribuables et aux assurés d'en payer le prix", conclut-il.
Interrogés sur l'absence de la gauche, aussi opposée au texte, à leurs côtés lundi, les opposants ont d'abord semblé empruntés par la question. "Ce n'est pas une réunion de partis, mais plutôt des représentants de secteurs qui s'inquiètent des conséquences de cette initiative", a déclaré Jacqueline de Quattro. "La gauche donnera ses arguments quand elle communiquera", a conclu Patrick Hässig.