La Fédération genevoise des associations de personnes handicapées et de leurs proches (fégaph) a déposé mardi son initiative pour une véritable inclusion scolaire des enfants avec handicap. Le texte a recueilli 5126 signatures, alors qu'il en faut 4214 valables pour aboutir.
"C'est la première fois en Suisse qu'une initiative sur l'école inclusive aboutit", a relevé mardi le vice-président de la fégaph, Olivier Dufour, devant la presse. Le Conseil d'Etat doit toutefois encore se prononcer formellement sur l'aboutissement et la validité du texte. L'initiative sera ensuite traitée au Grand Conseil et pourrait déboucher sur une votation populaire.
L'initiative législative "Tous ensemble à l'école!" demande au canton de mettre en oeuvre le droit à une éducation sans discrimination, ancré dans la Convention de l'ONU sur les droits des personnes handicapées. La Suisse avait été sévèrement critiquée pour ses retards en matière d'éducation inclusive lors de son premier examen par le comité de l'ONU en 2022.
"L'initiative propose des solutions concrètes pour éviter les exclusions", a souligné le député socialiste Cyril Mizrahi, secrétaire général de la fégaph. Les ressources de l'enseignement spécialisé doivent être davantage investies au sein des écoles de quartier, là où les enfants vivent, au lieu de développer des structures parallèles, précise M. Mizrahi.
Proximité
L'initiative repose sur le modèle de l'organisation de l'enseignement spécialisé en vigueur au Tessin. Elle prévoit dans les écoles régulières des classes inclusives avec des effectifs réduits et une co-intervention à plein temps d'un spécialiste en pédagogie spécialisée. Le nombre maximum d'élèves inclus est fixé à quatre.
Le modèle comprend aussi dans les écoles régulières des classes spécialisées avec un maximum de douze élèves. Des institutions spécialisées sont maintenues, mais réservées à des besoins très spécifiques.
"Le critère de proximité est très important", a relevé Fanny Merker, mère d'un adolescent autiste avec déficience intellectuelle, qui habite au Tessin. Son fils a ainsi toujours pu être scolarisé dans l'établissement de son quartier où tout le monde le connaît, a-t-elle relevé.
Cette enseignante intervient régulièrement en Suisse pour expliquer les bienfaits de l'école inclusive, "source d'enrichissement" pour tous les élèves. Et de déplorer le "grand retard de Genève" en la matière. Selon les initiants, parmi les 1250 élèves scolarisés dans des établissements spécialisés séparés, nombre d'entre eux passent jusqu'à deux heures par jour dans les transports.
Dans les urnes
L'initiative prévoit un délai de dix ans pour planifier la transition. D'ici là, aucune place supplémentaire en école séparée ne peut être créée. Seules les places existantes peuvent être rénovées ou remplacées sans augmentation de la capacité totale.
La fégaph regroupe 21 organisations d'entraide et de défense des personnes en situation de handicap. Son initiative est notamment soutenue par les associations de parents d'élèves et par la Fédération des enseignantes et enseignants genevois. La gauche est unie derrière ce texte, qui a aussi le soutien du MCG.
Majoritaire au Grand Conseil, la droite avait refusé en décembre un projet de loi qui reprenait les mêmes dispositions que l'initiative. Sauf retournement, le sort de l'initiative pourrait donc se jouer dans les urnes. Reste à savoir si l'initiative sera présentée au peuple avec ou sans contre-projet.