Figure de l'art contemporain franco-suisse, Christian Bernard, ex-directeur du MAMCO à Genève, est décédé mercredi dernier à l'âge de 76 ans des suites d'une longue maladie. En 1994, il devient le premier directeur du musée genevois, jusqu'en 2015.
Commissaire d'exposition, directeur de musée et poète, Christian Bernard aura profondément marqué la scène artistique franco-suisse en redéfinissant de manière critique les missions de l’institution muséale, écrit dimanche David Lemaire, du comité de l'association des musées d'art suisses VSK-AMA en annonçant son décès.
Son activité de commissaire et de directeur d’institution s’est déployée pendant quatre décennies. Dès le milieu des années 1960, Christian Bernard, né à Strasbourg, se rapproche des réseaux poétiques et artistiques liés au surréalisme. Cette proximité constituera l’un des ancrages de son parcours intellectuel, notamment par l'importance donnée au langage et au décloisonnement des pratiques, écrit David Lemaire.
Après avoir contribué à la création du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Rhône-Alpes, Christian Bernard dirige la Villa Arson à Nice de 1986 à 1994, une école d'art qu'il conçoit comme un espace de recherche, d’expérimentation et, déjà, d'exposition. Une génération entière d’artistes aujourd’hui établis a pu bénéficier de cette fusion alors inédite entre lieu de formation et centre d'art, précise M. Lemaire, par ailleurs aussi conservateur et directeur du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds.
MAMCO
En 1994, Christian Bernard devient le premier directeur du Musée d’art moderne et contemporain de Genève (MAMCO). Pendant plus de vingt ans, il forge l'identité d’une institution qui renouvelle les formes du musée. Sous sa direction, le MAMCO est conçu comme une proposition globale, sans distinction entre collection permanente et expositions temporaires. Le musée est constamment en évolution et en mouvement.
Cette approche traduit une conviction: le musée ne doit pas seulement transmettre un savoir constitué, mais permettre aux oeuvres de produire une pensée critique, y compris de l'institution qui les accueille. Christian Bernard était avant tout dévoué aux artistes. Véritable découvreur, il valorisait les parcours invisibilisés autant que les acteurs établis, écrit encore son ex-collègue dans un communiqué.
Après son départ du MAMCO, il poursuit son activité curatoriale, notamment au Printemps de septembre à Toulouse. Il fonde les éditions Walden n qui publient des écrits d'artistes. Et il écrit, quant à lui, de la poésie. Commencée dès sa jeunesse, son ½uvre poétique s'est poursuivie avec discrétion et vient d'être publiée, à raison de deux recueils ces deux dernières années.
"Ecrire c'est penser dans un violon"
D’autres ouvrages poétiques sont encore à paraître. Quelques semaines avant son décès, alors que cette oeuvre poétique avait longtemps cheminé en marge de son activité publique, une reconnaissance majeure vient en consacrer l’importance: l’Académie française lui décerne son Grand Prix de Poésie 2026 pour l’ensemble de son oeuvre.
Cette distinction tardive rappelle que, derrière la figure du directeur de musée placée au premier plan, demeurait un intellectuel qui appréhendait le monde en poète, souligne M. Lemaire. Il laisse l'exigence de regarder l’art - et le monde qu'il reflète - sans renoncer à la complexité, ni à la politesse du désespoir. Ecrire, définissait-il, c'est "penser dans un violon", note encore M. Lemaire.
Cet article a été publié automatiquement. Source : ats