Entre pacte médiéval, mélodie empruntée aux Britanniques et votation populaire tardive, la célébration du 1er août recèle une histoire unique. Alors que la Ville de Genève prépare ses festivités aux Bastions et accueille le conseiller fédéral Beat Jans, retour en 5 thématiques sur les symboles et les spécificités d'une fête nationale définitivement pas comme les autres.
Une alliance de communautés plutôt qu'une révolution
Contrairement à de nombreuses nations dont les fêtes commémorent une indépendance ou un coup d'État, la Suisse privilégie le souvenir d'un accord pragmatique entre petites communautés. Car oui, beaucoup de fêtes nationales commémorent une indépendance ou une révolution, mais pas en Suisse. C'est une alliance entre les trois cantons d'origine, on le sait, mais c'est surtout le symbole central entre la coopération des petites communautés, rappelle le récit national. Loin des grands défilés militaires observés sous d'autres latitudes, la Suisse privilégie des cérémonies locales marquées par les discours, la musique et les traditions. Ça, c'est aussi la beauté du fédéralisme de la Suisse. Chaque commune adapte la fête à sa propre identité.
Tout cet héritage gravite autour du Pacte de 1291. Rédigé en latin médiéval et conservé sur une unique feuille de parchemin, ce texte ne proclame pas la création de la Suisse, mais qui renouvelle une alliance entre communautés. Rassemblés autour du drapeau à la croix blanche sur fond rouge, les citoyens célèbrent un emblème dont l'origine remonte au Moyen Âge. Utilisée initialement sur les champs de bataille pour identifier les soldats confédérés, cette identité visuelle a été formellement ancrée dans la Constitution fédérale de 1848, devenant un symbole d'unité dans un pays extrêmement décentralisé.
La Charte fédérale de 1291 est conservée au Musée de la Charte fédérale de Schwyz. (Archives) (KEYSTONE/Gaetan Bally)
Du Röstigraben musical au Cantique officiel
L'histoire de l'hymne national suisse ne manque pas de piquant. Avant l'adoption de l'air actuel, les citoyens helvétiques chantaient leurs convictions patriotiques sur la musique de God Save the King , l'hymne britannique. Lors de rencontres internationales, il n'était ainsi pas rare que deux pays entonnent exactement la même mélodie, une situation pas vraiment pratique quand on parle d'un véritable symbole national.
Pour résoudre ce casse-tête musical, l'œuvre composée en 1841 par Alberich Zwyssig sur un texte de Leonhard Widmer a progressivement fait son chemin, même si le choix de l'air a longtemps fait l'objet de divergences régionales. En effet, les Suisses allemands en avaient un que les Suisses romands n'aimaient pas, et inversement. Oui, même sur les hymnes nationaux, il y avait un Röstigraben. Le Conseil fédéral décide d'adopter le Cantique suisse en 1961 à titre provisoire, avant de l'officialiser définitivement dans les quatre langues nationales. Autre spécificité: notre hymne ne parle pas d'une bataille sanglante dont la Suisse serait sortie vainqueur, mais nous explique simplement qu'on vit dans un bien beau pays.
Une touriste prend une selfie avec des dames d'un groupe folklorique, lors de la Parade du Terroir a l'occasion des fetes de Geneve, le samedi 1 aout 2015 a Geneve. (KEYSTONE/Martial Trezzini)
Lanceurs de drapeau et feux d'alarme: des traditions vivantes
Les célébrations du 1er août restent indissociables de traditions anciennes. Parmi elles, le lancer de drapeau constitue un véritable art codifié, pratiqué à l'origine dans les milieux urbains et militaires du Moyen Âge. Depuis 1910, cette discipline est encadrée par l'Association fédérale de yodel. Les praticiens y exécutent des mouvements précis avec une bannière particulièrement lourde, souvent au son du cor des Alpes.
En parallèle, la tradition des feux de joie illumine le paysage helvétique. Ces grands bûchers rappellent «les anciens feux d'alarme utilisés dans les régions alpines» qui permettaient de transmettre rapidement des signaux lumineux d'une vallée à l'autre. Bien qu'ils aient perdu leur rôle pratique au fil des siècles, ils conservent une portée symbolique majeure. Dans certaines régions ou lors d'étés particulièrement secs, ces feux sont parfois remplacés par des spectacles lumineux afin de prévenir tout risque d'incendie, assurant ainsi une forme de continuité entre le passé et l'identité nationale moderne.
Archives (KEYSTONE/Urs Flueeler)
Une fête devenue jour férié grâce au peuple
La fixation du 1er août comme date de rassemblement national s'est faite progressivement. Pendant longtemps, la mémoire collective helvétique s'est appuyée sur d'autres éléments fondateurs, à l'image de la bataille de Morgarten en 1315 ou de la figure mythique de Guillaume Tell. C'est au 19e siècle, à l'occasion du 600e anniversaire du Pacte de 1291, que la date du début du mois d'août s'impose comme référence pour structurer l'identité commune.
Ce jour de célébration n'a pourtant pas toujours été chômé. Longtemps, chaque canton appliquait ses propres directives en matière de jours fériés. Il aura fallu attendre 1993 et l'acceptation d'une initiative populaire par les citoyens pour que le 1er août devienne officiellement un jour férié au niveau fédéral dès 1994. Cette démarche fait du pays l'un des rares pays où la fête nationale a obtenu son statut par votation populaire.
Un visiteur dépose une saucisse cervelat grillée sur une assiette en carton ornée d'une croix suisse lors des célébrations de la Fête nationale suisse, le vendredi 1er août 2025 à Berne. (KEYSTONE/Peter Klaunzer)
Le Pacte de 1291 et le mythe du GrĂĽtli
Le document fondateur conservé au Musée des chartes fédérales à Schwyz ne mentionne pas la date exacte du 1er août, précisant simplement avoir été conclu «au début du mois d'août». Ce pacte scellé entre Uri, Schwyz et Unterwald visait avant tout une alliance d'entraide juridique et militaire pour faire face aux menaces extérieures et régler des litiges du quotidien comme les vols, les dettes ou les incendies.
Selon la tradition, c'est sur la prairie du Grütli, bordant le lac des Quatre-Cantons, que les représentants des trois cantons pionniers auraient prêté serment de résister aux Habsbourg. Longtemps propriété privée, ce lieu emblématique a été racheté en 1859 par la Société suisse d'utilité publique avant d'être offert à la Confédération. L'événement célébré chaque année ne marque donc pas la naissance d'un État centralisé, mais rappelle «une alliance censée se renouveler entre communautés», dotée d'une portée symbolique majeure.
Une photographie aérienne du Ruetli et de la prairie du Ruetli, mercredi 11 juin 2025. (KEYSTONE/Urs Flueeler)
Le 1er août à Genève: festivités au parc des Bastions et invité fédéral
À Genève, la célébration de la fête nationale s'articulera autour de plusieurs rendez-vous au parc des Bastions . Dès la matinée, le public pourra participer au traditionnel brunch du terroir mettant à l'honneur les produits locaux de la région, rythmé par des concerts et des animations folkloriques.
La cérémonie officielle genevoise accueillera cette année une personnalité fédérale de premier plan, puisque le conseiller fédéral Beat Jans sera présent pour prononcer l'allocution officielle. Entre cortège de lampions, sonorités traditionnelles et dégustations, le canton s'apprête à faire vivre l'esprit du fédéralisme dans une ambiance festive et conviviale.
Textes: Benjamin Smadja
Adaptation web avec IA