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Liberté de la presse: un recul mondial selon Chappatte

Le dessinateur Patrick Chappatte s'inquiète du recul de la liberté de la presse. Cette menace ne touche plus seulement les dictatures mais aussi les démocraties comme les États-Unis ou la France.

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Invité du Meilleur des Réveils, le dessinateur de presse Patrick Chappatte dresse un constat inquiétant sur l'état de la liberté de la presse dans le monde. Selon lui, cette liberté fondamentale est en recul, suivant le déclin des démocraties. Il explique que les dessinateurs sont souvent les premiers attaqués, agissant comme des «canaris dans la mine de charbon»: lorsque leur voix s’éteint, c’est le signe que l’air devient irrespirable pour la société. Cette menace n'est plus limitée aux régimes autoritaires, mais touche aussi les démocraties occidentales comme les États-Unis ou la France, avec des risques de reprise de contrôle étatique sur les médias.

Résumé généré automatiquement à partir du contenu audio de l’émission.

Lire la transcription complète

**Animateur:** On va parler de dessin de presse et de liberté de la presse avec notre invité Patrick Chappatte. Bonjour Patrick.

**Patrick Chappatte:** Bonjour.

**Animateur:** On est ravi de vous accueillir à l'occasion de cette journée un peu particulière qui aura lieu lundi, puisque Genève va célébrer la liberté de la presse et le dessin de presse avec une cérémonie. Mais la question qu'on a peut-être envie de vous poser ce matin, c'est: la liberté de la presse aujourd'hui, qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce qu'il en reste?

**Patrick Chappatte:** Ça va, alors on peut parler librement! Il y a encore pas mal d'endroits où c'est possible, et même sur les réseaux sociaux et internet tout est possible, ce qui est un autre problème d'ailleurs. Mais la liberté et les libertés sont à l'aune des démocraties: elles sont un petit peu en recul. On voit de plus en plus les libertés attaquées, ce qui est nouveau pour nous dans les baromètres internationaux. On voit les démocraties reculer. Et donc la presse est en lien direct avec ça et souvent, on dit, ma consœur américaine Ann Telnaes dit que nous sommes les «canaris dans la mine de charbon». C'est une expression assez américaine, parce que ça fait référence à ces petits oiseaux que les mineurs emmenaient avec eux. Et quand l'air devenait toxique et irrespirable, le petit canari cessait de chanter. Donc quand les dessinateurs cessent de chanter, enfin de dessiner, c'est mauvais signe. C'est signe que l'air se raréfie dans une société. Et souvent, on s'attaque d'abord aux dessinateurs de presse lorsqu'on restreint les libertés ou qu'on remet la presse au pas.

**Animatrice:** Est-ce qu'on vit dans une époque plus dangereuse qu'auparavant pour les dessinateurs de presse?

**Patrick Chappatte:** On peut dire que le massacre de Charlie Hebdo, il y a dix ans, a été un peu le 11 septembre des dessinateurs de presse. On a franchi clairement une ligne rouge dans le sang. Donc on se rend compte que oui, le danger est protéiforme. La menace, elle n'est pas restreinte et réservée à ceux qui travaillent dans les pays non démocratiques ou dans le tiers monde, comme on a pu le croire longtemps. Elle est un peu partout. Mais ce qui se passe aujourd'hui, en relation avec votre première question, c'est un retour de la répression de l'État.

Si on veut parler d'une des plus grandes démocraties qu'on ait à l'esprit, les États-Unis, on constate des attaques de plus en plus grandes contre la presse, des rachats non seulement de grands titres de presse mais de chaînes de télévision. C'est CNN qui va tomber dans l'escarcelle d'un proche de Trump bientôt. Imaginez que CNN devienne une espèce de Fox News. Donc c'est ça qui est inquiétant, pas seulement pour les dessinateurs de presse, encore une fois, mais pour la presse en général.

**Animateur:** Il y a ce qui se passe aux États-Unis, évidemment, vous y avez consacré notamment un ouvrage. On a un regard qui peut être parfois un peu distant, mais on voit aussi qu'aux portes de la Suisse, aux portes de l'Europe, des choses arrivent, certaines démocraties sont aussi un peu menacées. Ça, c'est une évolution que vous avez forcément constatée ces dernières années.

**Patrick Chappatte:** Oui. Lundi, on va remettre le prix de la Fondation Freedom Cartoonists, que je préside. C'est un prix qu'on donne tous les deux ans, le «Kofi Annan Courage in Cartooning Award», le prix du courage. On salue une dessinatrice ou un dessinateur courageux qui se bat dans des circonstances difficiles et souvent non démocratiques. Or, il y a quatre ans, à notre propre surprise, c'est un dessinateur de l'Union européenne qui a reçu ce prix, pas un dessinateur du Burundi ou du Guatemala. C'était Gábor Pápay de Hongrie.

Gábor Pápay, à l'époque, il est venu à Genève et il nous a expliqué sa situation: poursuivi par le pouvoir, traité de «cafard» à la télévision nationale, son journal était le dernier journal d'opposition à Viktor Orbán, etc. Il nous alertait récemment: «si vous suivez le même chemin, en parlant des États-Unis ou de la France, vous allez vivre le même sort que nous». Alors, bonne nouvelle quand même en Hongrie, et Gábor Pápay est très heureux: il y a quand même un espoir. C'est qu'au bout de seize ans, les gens se fatiguent des autocrates et de ces systèmes verrouillés.

Mais cela dit, la France, grand point d'interrogation. Vous avez vu le rapport sur l'audiovisuel qui est sorti hier. C'est la recette de ce qui va arriver en France: le resserrement des médias, la prise de contrôle… Là, on propose carrément de recréer l'ORTF, c'est-à-dire de nommer directement la présidence de l'audiovisuel public par le président de la République française. C'est carrément le président qui va nommer celui qui va présider à l'audiovisuel. Donc ces évolutions, elles sont autour de nous, elles sont tout près de nous en fait.

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