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Rupert Murdoch lâche les rênes de l'empire Fox

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Rupert Murdoch (à droite) et son fils Lachlan Murdoch (à gauche) lors du gala TIME 100 à New-York le 11 avril 2015 (Photo by Evan Agostini/Invision/AP, File)

Le magnat des médias Rupert Murdoch, 92 ans, va quitter les présidences de Fox Corporation, maison mère de la chaîne préférée des conservateurs américains Fox News, et de News Corp. Il passera le relais à son fils Lachlan, ont annoncé les deux sociétés jeudi.

Cette mise en retrait sera effective lors de la prochaine assemblée générale des actionnaires des deux sociétés à la mi-novembre. Rupert Murdoch deviendra alors président "émérite".

"Au nom des conseils d'administration de Fox et de News Corp, des équipes dirigeantes et de tous les actionnaires qui ont bénéficié de son travail acharné, je félicite mon père pour ses 70 ans de carrière remarquable", a déclaré Lachlan Murdoch, 52 ans, cité dans un communiqué.

Il a salué l'"esprit pionnier" de son père, "sa détermination inébranlable" son "héritage durable" et a dit compter sur ses "conseils précieux".

Empire aminci

Déjà président de Fox Corporation, Lachlan Murdoch était déjà positionné comme le favori pour prendre la suite de son père, parmi ses frères et soeurs dans une saga digne de la série "Succession".

Il va prendre la tête d'un empire aminci, après le rachat par Disney en 2017, pour 66 milliards de dollars, du groupe de divertissement 21th Century Fox et de son vaste catalogue de films. Fox Corporation s'était alors recentré sur le sport et l'information.

Déboires judiciaires

Le patron de l'empire Fox, dont la chaîne d'information en continu Fox News est centrale pour les conservateurs, prend sa retraite à un moment clé, à l'approche de l'élection présidentielle américaine de 2024, pour laquelle Donald Trump est le favori de la primaire républicaine.

Le nonagénaire prend sa retraite cinq mois après que Fox News a dû accepter de verser la somme faramineuse de 787,5 millions de dollars au fabricant de machines de vote électronique Dominion Voting Systems, pour éviter un embarrassant procès en diffamation après la présidentielle de 2020.

Dans la foulée, l'un de ses présentateurs vedettes, Tucker Carlson, avait quitté la chaîne, qui a perdu de l'audience depuis.

Tabloïd

Le patron de presse le plus puissant et le plus connu du monde, parti d'un simple quotidien d'Adelaide, dans son Australie natale au début des années 1950, a construit un empire mondial. Ses journaux et ses chaînes de télévision ont eu une influence considérable en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis.

Fox News, née en 1996 pour concurrencer CNN, a été perçue comme jouant un rôle central dans l'ascension politique de Donald Trump, même si les médias du groupe Murdoch (New York Post, Wall Street Journal) n'ont pas toujours ménagé le milliardaire républicain.

En réinventant le style "tabloïd", mélange d'informations à sensation, scandales, sport et sexe, Rupert Murdoch a connu le succès mais aussi une série de controverses.

Ainsi, les méthodes du journal britannique News of the World avaient mené à un scandale retentissant en 2011. Des employés étaient allés jusqu'à pirater les téléphones de dizaines de personnes, dont des membres de la famille royale, pour recueillir secrètement des informations juteuses, au mépris de la loi. L'hebdomadaire avait mis la clé sous la porte après 168 ans d'existence.

Avec Keystone-ATS

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[ITW] Raphael Quenard et J.P. Zadi: "Ce film raconte les vertus de la passion"

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© 2026 - ADNP – GAUMONT – FRANCE 2 CINEMA – MJ SPORTS MANAGEMENT

À l’affiche dans les salles romandes, le nouveau film d’Anthony Marciano, « Le Rêve Américain », réunit Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard. Bien plus qu’une comédie sur le basket, le long-métrage explore les vertus du temps long et la force d’un lien indéfectible face aux revers de la fortune. Rencontre à écouter en version longue autour d'un fast-food.

Raphaël Quenard, Jean-Pascal Zadi & Anthony MarcianoLe Rêve Américain

Le cinéma d’Anthony Marciano a souvent cette capacité à capturer la sincérité des rapports humains. Avec « Le Rêve Américain », il s'attaque à un thème universel: la résilience. Le film suit le parcours de deux amis déterminés à percer dans le milieu très fermé du basket professionnel en tant qu'agents. Mais avant le succès, c'est une ode à la ténacité que le réalisateur a voulu filmer.

L’échec comme carburant de la réussite

Pour l'équipe du film, l'ascension des protagonistes n'est pas un miracle, mais le résultat d'une succession de revers transformés en force. Anthony Marciano explique avoir été fasciné par le parcours de ces hommes partis de rien.

« L'échec, c’est le carburant qu’on met dans sa voiture pour aller plus loin »

Raphaël Quenard abonde dans ce sens, comparant la passion à un feu sacré qu'il faut protéger des doutes extérieurs, même les plus proches. « Ce film raconte les vertus du temps long et les vertus de la passion qui prend des formes de foi religieuse et mystique. Il faut protéger ce petit feu qui est en nous, qui potentiellement peut se transformer en un incendie ravageur ». Selon lui, l'impossibilité n'est qu'une question de référentiel personnel que les audacieux se doivent de bousculer.

Une complicité à l'écran

Le sel du film réside également dans le duo formé par Zadi et Quenard, dont l'amitié à la ville a nourri celle de l'écran. Pour le réalisateur, cette relation est le cœur battant de l'œuvre : « C’est construit presque comme une comédie romantique... l’amitié prend tout son sens, elle est palpable ». Jean-Pascal Zadi décrit cette dynamique avec humour et tendresse.

« Ce qui nous rapproche, c’est qu’on est deux fous et deux passionnés »

De l'anonymat aux sommets du basket

Si le récit semble extraordinaire, il s'appuie pourtant sur une histoire vraie, celle des agents français qui gèrent aujourd'hui la carrière de stars mondiales comme Victor Wembanyama ou Nico Batum. Anthony Marciano a d'abord été intrigué par ces deux visages qui apparaissaient systématiquement derrière les plus grands joueurs sur les photos.

Jean-Pascal Zadi souligne l'importance de montrer cette réussite sous un angle éthique : « On voit sur le parcours de Jérémy et de Bouna qu’ils ont eu beaucoup d’embûches, des gens qui les ont arnaqués, des joueurs qui les ont trahis... et finalement, ils ont gardé le cap ». Loin des clichés de l'agent manipulateur, le film présente une réussite collective et solidaire.

« Ce qui me fait plaisir avec ce film, c’est que ça nous montre qu’on peut réussir en restant quelqu’un de bien »

L'entretien s'est d'ailleurs terminé sur une note plus légère, évoquant le passage de l'équipe en Suisse. Les acteurs n'ont pas manqué de relever, avec une pointe d'ironie, les spécificités locales du fast-food comme la sauce au cheddar, notant que même dans les détails du quotidien, la Suisse sait se distinguer de sa voisine française.

Entretien réalisé par Benjamin Smadja, adaptation web avec IA

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"L’Affaire Bojarski", l'histoire d'un faussaire fascinant

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Reda Kateb et Jean-Paul Salomé pour "L’Affaire Bojarski"

"L’Affaire Bojarski" sort ce mercredi 28 janvier dans les salles de Suisse romande. Le réalisateur Jean-Paul Salomé raconte l'histoire vraie de Jan Bojarski, interprété par Reda Kateb, un ingénieur polonais devenu faussaire de billets. 

"L’Affaire Bojarski" a été réalisé par Jean-Paul Salomé qui revient sur la vie de Jan Bojarski, un ingénieur polonais devenu faussaire de billets dans la France des années 1940.  On l’a même surnommé « le Cézanne de la fausse monnaie ». C’est donc une histoire vraie, celle Jan Bojarski, joué par Reda Kateb, un ingénieur polonais qui fabrique des faux papiers lors de la seconde guerre mondiale. Après-guerre, il devient inventeur, il a imaginé par exemple le stylo à bille. Mais problème, ses inventions sont refusées et non brevetées, car Bojarski n’a pas la nationalité française, il enchaîne les petits boulots, bref la vie n’est pas simple. Jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Et il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France. C’est une histoire rocambolesque. Plus le film avance, plus on se rend compte que cet homme devient un artiste, écoutez le réalisateur Jean-Paul Salomé: 

Jean-Paul Salomé
"Ce que je trouvais fascinant, c'était de faire le portrait de cet homme qui, au bout d'un moment dans sa vie de faux monnayeur, s'aperçoit qu'il prend énormément de plaisir à créer ses billets, à refaire de nouveaux billets. Il y a vraiment pris goût et à un moment donné, il a commencé à souffrir de cette absence de reconnaissance de son talent. C'est ce qui le rend extrêmement touchant aussi."

Un point de vue qui a touché celui qui l'interprète, Reda Kateb:

Reda Kateb
"Il y avait dès le début le portrait en mouvement d'un artiste et pas celui d'un gangster. Bojarski, ce n'est pas quelqu'un qui a attaqué des gens."

Retrouvez l'Interview en intégrale de Jean-Paul Salomé et Reda Kateb ci-dessous:

Jean-Paul Salomé et Reda Kateb

"L’Affaire Bojarski" avec Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon ou Pierre Lottin. A voir dans les salles de Suisse romande dès ce mercredi 28 janvier. 

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[ITW] "Gourou": quand le développement personnel devient une emprise

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Le réalisateur Yann Gozlan lors du 78th Festival du Film de Cannes, le 15 mai 2025 (EPA/CLEMENS BILAN)

Dans Gourou, le nouveau thriller de Yann Gozlan, Pierre Niney incarne un coach de vie aussi magnétique qu’inquiétant. À travers ce personnage en quête de grandeur, le film interroge les dérives d’un monde obsédé par la performance et la réussite personnelle. Rencontre avec un réalisateur qui observe une société en perte de repères.

Yann GozlanRéalisateur

Dans Gourou, Pierre Niney prête ses traits à Mathieu Vasseur, une figure montante du coaching personnel. Micro en main, posture conquérante, discours millimétré: « Il est convaincu d’aider les gens, ce n’est pas un cynique. Il se prend pour une sorte de guide, presque un sauveur », explique Yann Gozlan. Mais très vite, le masque glisse. Derrière la bienveillance affichée, le film dévoile les mécanismes d’une emprise.
Car Gourou n’est pas une satire légère: c’est un thriller psychologique à la tension grandissante, où la frontière entre motivation et manipulation s'efface.

«Ce qui m'intéressait, c'était la bascule: comment un idéaliste sincère peut devenir un fanatique»

Le choix du thème n’est pas anodin. Pour Yann Gozlan, le succès du coaching reflète une crise de confiance dans les institutions traditionnelles: politique, religion, médecine. « On est dans une société paumée. Le coaching promet des réponses simples, immédiates. Mais ce simplisme peut devenir toxique », observe-t-il.

Avant d’écrire le film, il a enquêté sur le terrain, assistant à plusieurs séminaires en France. « Je pensais que ces grands rassemblements existaient surtout aux États-Unis. Mais en fait, ce modèle s’est implanté chez nous. Et il fonctionne. J’ai vu des scènes de ferveur collective hallucinantes ».

Pierre Niney, qui est aussi à l’origine de l’idée du film, impressionne par son incarnation d’un personnage complexe, à la fois inspirant et inquiétant.

« Pierre ne joue pas un rôle, il est ce coach »

Dans les scènes de séminaire, l’acteur délivre ses monologues avec une intensité presque physique. « Il a même perdu sa voix à un moment. C’était un vrai défi pour lui, car ces scènes demandaient une énergie folle ».

Gourou suit l’ascension de Mathieu Vasseur jusqu’aux États-Unis, à Las Vegas, capitale mondiale du spectacle et de la démesure. « C’est une ville fascinante, mais aussi cauchemardesque. On y est enfermé, assourdi, aspiré par le bruit et la lumière. Parfait pour le climax du film », confie le réalisateur.

Mais le film ne repose pas que sur l’énergie de l’acteur. Il propose aussi une réflexion plus large sur la parole publique, la manipulation et l’addiction au charisme.

« Aujourd’hui, les mots ne servent plus à dire le vrai ou le faux, mais à électriser, à sidérer. C’est ce qu’on retrouve chez des figures comme Trump, par exemple »

Au fil du récit, le film glisse de la critique sociale vers une chute vertigineuse, entre délire de grandeur et perte de contrôle. Un voyage au cœur d’un système clos, où le pouvoir de la parole peut tout autant réparer... que détruire.

Avec IA

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[ITW] Patrick Timsit: "Ce film c'est surtout de la joie, et ça fait du bien"

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© Les films sur mesure / SND

Entre tendresse, humour et transmission, Patrick Timsit incarne un Père Noël inattendu dans "À la poursuite du Père Noël !", une comédie familiale chaleureuse sur grand écran, à savourer en famille pendant les fêtes. Il était mon invité, a retrouvé en vidéo ou en version longue en fin d'article.

 

Dans À la poursuite du Père Noël !, Patrick Timsit endosse le costume rouge emblématique. Mais pas question ici d’un Père Noël classique. « Je ne voulais pas jouer le Père Noël, confie-t-il. J’ai lu le scénario et j’ai compris qu’il y avait une vraie histoire, un fond, de la légèreté, un ton. Et puis, Noël, c’est un rendez-vous. »

Réalisé par James Huth (Brice de Nice), le film plonge dans un univers à mi-chemin entre  Charlie et la chocolaterie et la tradition des grandes comédies de Noël. Le village enchanté, la biscuiterie, les lumières et les décors soignés donnent au film un relief visuel rare dans le paysage francophone. « C’est un film qui n’a pas un énorme budget, mais qui fait gros budget. On est vraiment ailleurs, dans un monde à part. »

Dans le film, Patrick Timsit incarne Luigi, un Père Noël de village éphémère. Tous les jours à 17h, il prend des photos avec les enfants. Mais lorsqu’il croise la petite Zoé, 9 ans, interprétée par la prometteuse Théa De Boeck, l’aventure prend une tournure plus personnelle. Zoé veut se venger d’un camarade d’école qui lui mène la vie dure. Elle commande une sarbacane. Luigi la recadre doucement.

« Ce n’est pas avec une arme qu’on règle les choses. Tu es maligne, tu es intelligente. Ce sont tes armes. »

Une dynamique touchante s’installe entre les deux personnages. « Théa, c’est une actrice. Elle ne joue pas face à vous, elle joue avec vous. C’est là qu’on s’amuse, qu’on vit la scène. »

Une carrière sans préméditation

Connu pour ses rôles comiques et ses sketches cultes dans les années 1990, Patrick Timsit a depuis élargi sa palette. Pédale douce, La crise, Baiser caché… Autant de films qui ont marqué les esprits, notamment sur les questions d’identité, de double vie et de reconnaissance.

« Quand un jeune me dit qu’il a pu faire son coming out après avoir vu Pédale douce, je suis bouleversé. Ce sont des films qui comptent. Baiser caché aussi, qui a été traduit et piraté positivement dans des pays où l’homosexualité est condamnée. »

Pour Patrick Timsit, le rire est un moyen, pas une fin : « L’humour, c’est du sérieux. On bosse, on connaît ses textes, ses effets. Mais à l’arrivée, il faut que ça paraisse facile. Que les gens oublient tout. »

Refusant les stratégies de carrière, Patrick Timsit choisit ses projets au fil des envies et des rencontres. Il cite James Huth, mais aussi Gaël Morel, Arnaud Desplechin ou encore Disney+ avec Les Disparus de la gare.

« Il n’y a pas de plan. Je lis le scénario. Si ça me parle, je le fais. Si le réalisateur me veut, c’est sa responsabilité. Je me laisse embarquer. »

Au théâtre aussi, il continue d’émouvoir, notamment avec Le livre de ma mère d’Albert Cohen ou encore La famille de Samuel Benchetrit. « C’est la transmission, c’est ce qu’on laisse. On transpose. »

Et d’ajouter, avec le sourire: « Un film, c’est un moment qu’on vit ensemble. On rit, on sursaute, on pleure un peu. On s’évade. On lèche les vitrines, comme quand on était gosses. »

Patrick TimsitVersion longue

Avec IA

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[ITW] Entre fidélité et liberté, Ozon transpose L'étranger de Camus au cinéma

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Droits réservés FilmCoopi

Francois Ozon signe une adaptation fidèle et audacieuse du roman culte d’Albert Camus. Porté par Benjamin Voisin, le film interroge le regard, l’indifférence et le poids du contexte colonial. Il était mon invité.

Avec L’Étranger, François Ozon s’attaque à l’un des monuments de la littérature française. Publié en 1942, le roman d’Albert Camus est non seulement un classique scolaire, mais aussi le troisième livre français le plus lu au monde. Autant dire que le cinéaste s’avance sur un terrain chargé d’attentes.

« C’est un livre puissant, fort et mystérieux », confie Ozon. « Je savais qu’en l’adaptant, j’allais me confronter à l’imaginaire de tous ces lecteurs ».

Loin d’une trahison, le film choisit la fidélité dans l’esprit, tout en s’affranchissant des limites du texte. Loin du monologue intérieur, Ozon opte pour une narration sensorielle, incarnée par des comédiens qui donnent chair à des personnages jusque-là perçus comme des archétypes. Tourné en noir et blanc, le film s’ancre dans une esthétique épurée et contemplative.

Le livre est radical, le film devait l’être aussi

Francois Ozon

Plans fixes, longues séquences silencieuses, sons ciselés… Ozon revendique un style à contre-courant des formats actuels. « J’avais envie de me mettre en porte-à-faux avec ce qu’on voit aujourd’hui », ajoute-t-il, évoquant la surconsommation d’images et l’évolution de l’attention du public.  « On est complètement formatés par les séries. Mon film oblige à regarder le monde différemment ».

L’un des paris majeurs du film est de réinscrire le récit dans le contexte historique de l’Algérie coloniale, encore trop souvent édulcoré. « L’Algérie était française, on était en pleine colonisation. Il fallait montrer cette réalité, sans fard », insiste Ozon.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur un montage d’archives sonores et visuelles d’époque. « Le discours qu’on entend est un vrai texte de propagande coloniale. Je ne l’ai pas modifié. Même la voix est d’origine », souligne-t-il. Ce choix ancre l’intrigue dans une époque précise et en révèle les tensions. « Avec le recul, on a déconstruit cette vision idéalisée. Mon film participe à cette relecture ».

Un Meursault froid et sincère

Au cœur du dispositif, Benjamin Voisin incarne Meursault avec une froideur saisissante. Un défi pour le jeune acteur, qui devait incarner sans exprimer, le réalisateur lui ayant demandé un jeu en retrait, loin des codes habituels de l’expressivité. « Un acteur est né pour jouer. Là, je lui demandais de ne pas jouer. Il a tout intériorisé », raconte Ozon. « C’est un personnage qui ne joue pas le jeu social, qui est dans le ressenti, pas dans l’expression ».

Mon principal conseil à Benjamin Voisin, c’était: tais-toi!

Francois Ozon

Autour de lui, une galerie de personnages secondaires vient offrir des contrastes d’humanité. De Salamano (Denis Lavant) à Marie Cardona (Rebecca Marder), en passant par Raymond Sintès (Pierre Lottin) ou encore l’aumônier (Swann Arlaud), chacun incarne à sa manière une facette de la condition humaine. « Tous les hommes dans cette histoire sont toxiques, note Ozon. En contrepoint, j’ai développé les personnages féminins, porteurs d’empathie ».

Pour Ozon, L’Étranger est un texte à multiples interprétations. Il évoque un récit qui « peut être relu à différentes époques, dans différents pays » et dont le sens n’est jamais figé. L’adaptation cherche ainsi à transmettre la complexité de l’œuvre, sans en proposer une lecture unique.

Cette relecture de L’Étranger est aussi une réflexion sur le sens de l’œuvre de Camus, relue par un cinéaste d’aujourd’hui. « Il y a une forme de nihilisme dans le livre, mais aussi un appel à la révolte et à la jouissance du monde », rappelle Ozon. Le choix du noir et blanc, les jeux de lumière et les silences appuyés traduisent à l’écran cette tension entre l’absurde et la beauté du réel.
Dans une dernière scène-clé, Meursault explose enfin. « Sans cette scène, je n’aurais peut-être pas fait le film », avoue Ozon. « Elle donne tout son sens au récit ».

Avec IA

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