Elles s'appellent Yulia, Alice et Sima. Elles ont la trentaine et un point commun: elles viennent d'apprendre à faire du vélo. Keystone-ATS les a rencontrées alors qu'elles étaient en train d'acquérir les bases lors d'un cours proposé par Pro Vélo, en partenariat avec la Ville de Lausanne.
"Si vous voulez qu'on enlève les pédales au début, il n'y a pas de souci", lance Noémie, monitrice pour Pro Vélo Région Lausanne aux trois participantes à avoir bravé la canicule d'une récente fin de journée. Réunies dans un des coins ombragés du préau du collège lausannois de Montriond, où se déroule le cours, toutes trois secouent la tête et indiquent leurs objectifs du jour aux cinq monitrices et moniteurs présents.
"J'ai réussi à pédaler la dernière fois, alors que je ne pensais pas que j'y arriverais. Aujourd'hui, mon objectif est de prendre plus confiance et de perdre ma peur du vélo", dit Alice, tout sourire. Yulia, elle, entend "renforcer [ses] acquis et avoir moins peur à la descente".
Quant à Sima, dont c'est le quatrième cours, elle compte, elle aussi, se lancer directement. "Il faut d'abord régler ton casque comme il faut", lui fait remarquer Noémie en riant avant de se lancer dans une démonstration.
Cyclistes en quatre heures
Dûment équipées d'un casque et d'un vélo mis à disposition par l'association, les participantes se mettent en piste. Sima s'élance dans le préau en légère pente, tangue un peu, freine avec les pieds, mais arrive en bas sans heurt. Alice peine à démarrer. "Quand tu montes sur un vélo ou que tu en descends, fais comme si c'était un cheval", lui rappelle Noémie. Yulia, elle, s'entraîne à suivre des lignes au sol.
Les néophytes répètent assidûment des boucles dans la cour, sous les conseils et les encouragements de l'équipe de moniteurs. Si un manque d'assurance est visible, le résultat est convaincant. Difficile d'imaginer qu'une semaine plus tôt, elles ont débuté en draisienne, à savoir sur des vélos sans pédales.
Freinages d'urgence
"Dès que la draisienne est assimilée et que les participants ont compris l'équilibre, les virages et le freinage, on peut remettre les pédales", explique Chris-Alexandre Gionchetta, chef de projet formation chez Pro Vélo Région Lausanne. Le cours débutants, destiné à des personnes qui ne savent pas faire du vélo, comprend deux sessions de deux heures. "Généralement ces quatre heures suffisent pour apprendre", assure-t-il.
Effectivement, malgré des trajectoires un peu aléatoires, quelques freinages d'urgence et une collision évitée de justesse entre Alice et Sima, aucune chute grave n'est à déplorer. Yulia a de son côté développé une technique très personnelle consistant à sauter de son vélo pour éviter la chute. "Comment tomber avec grâce", s'amuse-t-elle après un tel épisode. Un gros bleu sur son mollet témoigne toutefois de ses débuts la semaine précédente.
Emancipation et intégration par le vélo
Si la canicule a décimé les effectifs, le cours compte généralement une dizaine de participants et une quinzaine de personnes sur liste d'attente. Un moniteur est prévu pour deux participants. "C'est le cours le plus prisé et c'est là que les participants sont les plus motivés", observe Chris-Alexandre Gionchetta.
"Il s'agit souvent de femmes issues de la migration. Elles suivent le cours avec une volonté d'émancipation et d'intégration par le vélo", poursuit-il. "Parfois elles n'ont pas appris quand elles étaient petites, ou alors elles n'avaient pas le droit d'apprendre parce qu'elles étaient des filles", ajoute Noémie.
Après 45 minutes, tout le monde s'arrête pour boire un sirop. "Quand j'étais petite, j'ai essayé d'apprendre à faire du vélo, mais j'ai toujours eu peur de la vitesse", raconte Alice. "Au Brésil, d'où je viens, on se déplace beaucoup en voiture, mais ici, j'aimerais faire certains trajets à vélo", dit cette doctorante en droit.
Suissesse d'origine russe, Yulia n'a pas non plus appris quand elle était petite. "Ne pas savoir faire du vélo, c'est un handicap social, tu ne peux pas aller faire un tour avec tes potes, ni te déplacer en ville", constate la chercheuse en sciences sociales. Pareil pour Sima, réfugiée afghane. "Je devais aider mes parents à la maison, et en plus, ce n'était pas possible économiquement".
Encadrement apprécié
Tant Alice que Yulia disent apprécier la structure offerte par le cours. "Il y a beaucoup d'espace pour s'entraîner et aucune pression mise par la famille ou des amis, c'est très relax", souligne la première. "Il y a une méthode d'apprentissage, ce n'est pas un pote quelconque qui y va au feeling. Ce cadre m'a mise en confiance", relève la seconde.
Les trois femmes se remettent en selle. Sima travaille sur le contrôle de sa vitesse. Alice s'exerce à slalomer entre des petits cônes. Après en avoir écrasé quelques-uns, elle réussit le parcours sans rien toucher. Yulia s'entraine à lâcher une main, puis à regarder brièvement derrière elle le nombre de doigts que lui montre un moniteur.
La session prend fin. C'est l'heure d'aller ranger les vélos à l'autre bout du préau. Yulia commence à pousser sa bicyclette dans cette direction. "Ah mais je vais rouler", s'écrie-t-elle. "Exactement!", répondent les moniteurs dans l'enthousiasme général.
Cet article a été publié automatiquement. Source : ats