"Le monde nous regarde": la présidence danoise de l'UE et la commissaire européenne à l'environnement Jessika Roswall ont appelé mardi à Genève tous les Etats à un compromis dans les négociations pour un accord contre la pollution plastique.
"Nous avons besoin de solutions mondiales", a dit à la presse le ministre danois de l'environnement Magnus Heunick. "Les futures générations nous regardent", a-t-il ajouté, admettant que le décalage entre certains des plus de 170 Etats qui négocient depuis une semaine à Genève était "large".
"Plus on attend", plus il sera difficile d'aboutir, a-t-il affirmé alors que les pourparlers se terminent jeudi. "Nous ne pouvons pas manquer cette opportunité historique", a renchéri la commissaire européenne.
Appelant "chacun" à des compromis, elle, comme son collègue, n'a pas détaillé les lignes rouges européennes, répétant ne pas vouloir un traité "à n'importe quel prix" mais un arrangement qui soit "efficace" et "ambitieux". "Si nous nous en tenons tous à nos lignes rouges, un accord est impossible", a insisté de son côté le ministre danois.
Des dizaines de ministres et hauts responsables devaient se réunir mardi et mercredi dans des formats informels. Le conseiller fédéral Albert Rösti est attendu mercredi et jeudi à Genève.
Peu d'avancées
Les responsables européens n'ont pas voulu s'épancher sur le contenu des discussions pour laisser libre cours aux négociateurs. Les avancées restent largement suffisantes. Les pays pétroliers qui ont bloqué les négociations en Corée du Sud il y a quelques mois campent sur leurs opinions. "Ils ne veulent pas d'un traité", a dit à Keystone-ATS le responsable d'une ONG.
Sur la réduction de la production de plastique, aucune réunion "informelle informelle" n'a eu lieu dimanche ou lundi. Il a fallu mardi pour une discussion avec ce format, affirme une source proche des négociations.
Même le mécanisme financier pour les pays en développement pose problème. Le dialogue est "très difficile", affirme cette source. Il est sur la bonne voie mais les avancées "sont trop lentes", rétorque de son côté le WWF.
Sur les propositions pour une liste de substances toxiques ou d'additifs à interdire, lancées notamment par la Suisse, la direction est "contre-productive", ajoute-t-il. Or, cette composante est "cruciale" pour le traité, estime le responsable d'une ONG.
Suisse largement exposée
Le WWF déplore également le manque d'avancées sur les mécanismes pour renforcer l'accord à l'avenir, même si "un texte ambitieux semble toutefois toujours possible".
En près de 25 ans, la consommation de plastique a plus que doublé et s'établissait, selon les estimations pour 2024, à 500 millions de tonnes, dont près de 400 millions finissent en déchets. Si la situation n'est pas stabilisée, elle sera multipliée encore par trois d'ici 2060, au-delà de 1,2 milliard de tonnes. Tout comme les déchets, à plus d'un milliard de tonnes.
Selon Greenpeace, la Suisse arrive en deuxième position dans le classement des pays avec la proportion de population à risque la plus élevée. Plus de 10% des habitants, soit 973'000 personnes, se trouvent à moins de 10 km d'un site de production lié au plastique. Et des experts estiment les coûts annuels de santé liés à la pollution plastique dans le monde à au moins 1500 milliards de dollars.