La Revue genevoise déménage pour son édition 2026. Du 29 octobre au 31 décembre 2026, l’institution satirique troque ses murs traditionnels en travaux contre un chapiteau sur la Plaine de Plainpalais. Si l'écriture est toujours pilotée par Laurent Deshusses, on retrouve à la mise en scène le comédien Jean-Luc Barbezat accompagné d'Ylan Assefy-Waterdrinker. Jean-Luc Barbezat était mon invité, à retrouver en version longue.
Sur le plan du texte, l'équipe menée par Laurent Deshusses a fait le choix d’un ancrage territorial très affirmé. Après des années parfois marquées par une prédominance de l’actualité internationale, la version 2026 entend se focaliser en priorité sur les travers, les tracas et les personnalités du bout du lac.
On va essayer d'être cette année plus genevois. La force d'une Revue, c'est de rire de soi-même, de rire de nous
Les sujets locaux ne manquent pas d'alimenter les répliques des comédiens de la troupe. Les frictions régulières avec régies immobilières genevoises figurent en bonne place dans la liste des thèmes abordés. Le comportement parfois "surprenant" des supporters du Servette FC offre également une matière comique de premier ordre pour l'équipe créative.
L’actualité fédérale et cantonale s'invite tout de même dans les tableaux à travers des caricatures de figures politiques de premier plan, à l'image du président de la Confédération Guy Parmelin, interprété sur scène par Laurent Deshusses
Derrière la légèreté affichée lors des représentations quotidiennes se cache un travail d'ajustement permanent. Pour le metteur en scène, l'enjeu principal consiste à maintenir une dynamique d'équipe enthousiaste malgré la lourdeur du rythme de production et la maîtrise des compétences variées requises sur le plateau, entre chant, danse et comédie.
L'humour dans la difficulté ou dans l'effort, ça ne fonctionne pas. En déconnant et en s'amusant, ça passe beaucoup mieux auprès du public, mais c'est énormément de boulot
Pour orchestrer ce va-et-vient de personnages, la scénographie 2026 fait le pari du mouvement. En rupture avec les décors plus fixes des récentes éditions, la scène du Théâtre de la Plaine intégrera une plateforme tournante et des panneaux amovibles permettant de changer d'atmosphère à chaque sketch.
L’installation d’une structure sous chapiteau sur la Plaine de Plainpalais modifie profondément le rapport entre la scène et la salle. Si les fidèles de l’événement conserveront leurs repères grâce à une jauge maintenue à 550 places, les dimensions de la scène explosent par rapport à la salle de la rue de Carouge.
Sous le chapiteau, on a une scène qui est énorme avec 24 mètres d'ouverture. La scène du Casino doit avoir 10 à 12 mètres. C’est un sacré terrain de jeu qu'il faut bien occuper
Outre l'espace dédié au jeu, l'aménagement global du site a été pensé pour transformer la venue du public en une véritable sortie conviviale. L'Espace Claude-Inga Barbey, baptisé en hommage à la figure du théâtre romand, abritera un restaurant.
Une Revue, c'est là, maintenant. Elle va être obsolète une fois terminée. Ça donne une valeur très particulière à cette expérience
Ce changement de décor évoque une filiation évidente avec le Cirque Knie, traditionnellement installé sur cette même esplanade. Un rapprochement assumé par Jean-Luc Barbezat, qui y voit un parallèle saisissant entre les publics des deux institutions.
Le public des Revues est assez proche du public du Knie. Il est fidèle, nombreux et revient chaque année. Les gens ont besoin de ce rendez-vous.
À la différence d'une pièce classique jouée en tournée sur plusieurs saisons, la Revue se distingue par son caractère intrinsèquement éphémère. Le texte évolue constamment au fil des semaines pour suivre au plus près les soubresauts du quotidien politique et social.
Entretien réalisé par Benjamin Smadja
Adaptation web avec IA