Recrudescence de la rougeole en Suisse. 55 nouveaux cas au mois de mars, soit le double du nombre de cas enregistrés depuis le début de l’année. Berne et Neuchâtel sont particulièrement touchés. A Genève, on dénombre 5 cas. Alessandro Diana, pédiatre et vaccinologue aux HUG et à la Clinique des Grangettes, estime que la recrudescence de la rougeole constitue actuellement un vrai problème de santé publique en raison de sa contagiosité et de sa mortalité. La maladie tue une personne sur mille infectées.
85% des Suisses ont été vaccinés avec les deux doses nécessaires pour être protégés de la rougeole. “Mais pour que le virus sauvage arrête de circuler, il faudrait que plus de 95% de la population ait été traités avec les deux doses. On recommande même aux personnes nées après 1963, et qui n’auraient pas reçu les deux doses, de compléter la vaccination”, explique Alessandro Diana.
Les risques ou plutôt désagréments du vaccin ne sont pas nuls. Douleur liée à la piqûre, un fardeau pour les enfants en particulier, le vaccin peut aussi provoquer de la fièvre ou des tâches, la rougeole vaccinale (1 personne sur 100). “Mais le vaccin ne provoque pas de complications comme c’est le cas de la maladie. Ses effets secondaires sont négligeables en regard des conséquences de la rougeole.”
L’école Steiner a été citée comme l’un des foyers de propagation de la rougeole car sa philosophie anthroposophe s’oppose à la vaccination. Comment convaincre ces personnes de se faire vacciner ? “Avant de convaincre, il faut comprendre pourquoi toutes ces personnes hésitent à se faire vacciner. Le grand problème, c’est la désinformation, notamment par le biais du mégaphone internet. Puis il y a des croyances, des pressions religieuses qui, selon les cas, poussent à ne pas se faire vacciner”, relève Alessandro Diana. “Je pense qu’il ne faut pas essayer de convaincre à tout prix car on part au clash. Il faut faire du coaching de décision. Demander au patient s’il est sûr que sa décision de ne pas faire vacciner son enfant est la bonne. La technique des entretiens motivationnels (expérimentées avec succès au Canada par exemple) peut se révéler très utile pour le patient.”
Est-il envisageable et utile de rendre le vaccin obligatoire avec sanctions à la clé en cas de viol de la loi ? “C’est une décision politique. Personnellement j’ai pris le parti de l’entretien motivationnel." Mais Alessandro Diana reconnaît que l‘obligation légale peut soulager un vaccino-hésitant du fardeau de la décision comme l’indique le témoignage cité d’une patiente française.”