Un jour et un week-end après l’annonce d’un accord de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, on commence à y voir un peu plus clair sur les conditions du Brexit. Qu’est-ce que ça signifie au juste vu de Suisse ?
Eh bien ça donne clairement l’impression que Bruxelles ne souhaite absolument pas trouver un accord durable avec Londres. Ce que les Européens recherchent de toute évidence, c’est un second référendum sur le Brexit. Et pour que le Brexit ait une chance d’être cette fois largement refusé, l’accord finalisé la semaine dernière montre qu’il n’y a pas de vie possible et digne en dehors de l’Union. Si l’on n’est pas partenaire et ami, alors on devient concurrent et ennemi.
Une logique d’empire et d’intimidation tout à fait classique. Elle fait évidemment penser à l’attitude vis-à-vis des Suisses. Malgré le fait que l’Union Européenne ait un accès déséquilibré et très profitable aux marchés britannique et suisse. L’Union exporte vers le Royaume-Uni et la Suisse pour quelque 80 milliards d’euro de plus qu’elle n’importe. On se dit dans ces conditions que c’est l’Union Européenne qui devrait se montrer accommodante. Eh bien non.
Rappelez-nous quand même ce que contient cet accord. Qui a l’air pour l’instant de diviser davantage les Britanniques que les Européens.
Ce n’est guère étonnant à vrai dire. En fait, cet accord prévoit que les Britanniques devront trouver d’ici un an le moyen de rétablir la frontière entre les deux Irlande. Mais attention : la rétablir sans la rétablir. On compte sur les technologies pour que tout se passe à distance. C’est dire si c’est aléatoire. En cas d’échec de la part des Britanniques, c’est toute l’union douanière entre Royaume-Uni et continent européen qui serait maintenue.
Et qui va décider si les Britanniques ont réussi ou non à réaliser l’impossible en Irlande ?
Ce sont les Européens qui décideront unilatéralement. Il est vrai que si l’union douanière est maintenue, les Britanniques pourront quand même faire ce pour quoi ils ont voulu le Brexit : conclure des traités commerciaux dans le monde. Avec les Etats-Unis en particulier. Sauf que Bruxelles devra chaque fois donner son accord.
Très humiliant en effet du point de vue de la souveraineté. Mais il est possible aussi que le Parlement britannique accepte cet accord.
C’est possible en effet. Et même assez probable, parce que beaucoup de Britanniques sont lassés. Pour ne pas dire davantage. Un peu comme les Suisses lorsqu’ils ont approuvé les accords bilatéraux à la fin des années 1990. Après des années de discussions et de controverses sanglantes.
Il y a un moment où les gens veulent aller de l’avant. Peu importe les conditions, on verra quels seront les effets. Et s’ils ne nous conviennent pas, il sera toujours temps de rectifier. Mieux vaut cela que de repartir tout de suite dans une campagne délirante et déchirante sur un nouveau référendum.
C’est l’option pragmatique et raisonnable.
Sauf que les Britanniques sont comme les Européens lorsqu’il s’agit de la grande nation franco-germano-européenne. Ils cessent assez vite d’être rationnels. Ce n’est guère différent en Suisse, d’ailleurs. Alors bon. On devrait être fixé d’ici le sommet européen de dimanche prochain.