Des ouvriers s'affairent avec des tubes de plusieurs mètres alors que des visiteurs asiatiques se frottent aux principes humanitaires. La refonte de l'exposition du Musée de la Croix-Rouge (MICR) à Genève a démarré pour près de deux ans, sans fermer celui-ci.
"Ici, nous construisons le futur", affiche un mur provisoire qui cache une salle en plein démontage. Un judas permet de voir les ouvriers d'une entreprise de réinsertion sociale évacuer des milliers de tubes qui constituaient les cloisons du musée.
Les curieux du jour, notamment le groupe asiatique qui sourit en voyant le chantier à l'autre bout de la lorgnette, ne le savent pas encore, mais, dans quelques mois déjà, le musée aura lui changé. Et eux comme les autres visiteurs seront au centre des questionnements. "On passera d'un monologue à un dialogue", explique à Keystone-ATS le directeur Pascal Hufschmid. Même entre visiteurs qui ne se connaissent pas, des audioguides permettront de les connecter entre eux.
De 75 objets actuellement, ces personnes pourront en observer 500 parmi les 30'000 des collections du musée. Tout est en ligne avec le maître-mot du projet de la nouvelle exposition permanente du MICR. La participation du public est au centre. Chacun et chacune doit repartir avec une expérience individualisée de ce que signifie le monde humanitaire pour elle ou pour lui. Une question que le directeur souhaite que tous se posent.
"Un enfant de six ans peut être autant concerné qu'un chef d'Etat", selon M. Hufschmid. Il travaille depuis sept ans pour ce moment, le changement d'une exposition permanente qui donne le ton à un musée, un projet qui a lieu environ tous les 10 à 15 ans. Celle-ci doit être dévoilée le 8 mai 2028 pour les 200 ans de la naissance du fondateur de la Croix-Rouge, Henry Dunant, et les 40 ans du musée.
"Futur" en premier
Le nouvel espace d'accueil il y a deux ans puis les résidences participatives d'artistes ont oeuvré comme un laboratoire. Environ 9000 post-it de visiteurs ont alors été considérés et la même entreprise qui l'a aménagé a remporté le concours pour penser l'agencement de la future exposition.
Sa valeur ajoutée, le réemploi des matériaux, une première à cette échelle pour un musée selon le directeur. Les chaises de l'espace du café viennent de casernes. Et les tubes des cloisons évacués vont partir vers des associations, des individus, des entreprises.
Toutes les sociétés, dont baüburo in situ et apropå, qui oeuvrent à la prochaine exposition permanente sont romandes. Sauf celle en charge de la scénographie, Bellprat, qui a mis en musique les pavillons suisses des expositions universelles de Dubaï et Osaka. Le réemploi permet une liberté et une surprise sur le rendu final des matériaux utilisés.
Premier aboutissement, le mur avec des judas laissera place dès octobre à une première mouture de l'Agora, porte d'entrée et de sortie des visiteurs. Plusieurs dizaines de personnes pourront s'y retrouver et pourquoi pas dialoguer. Des discussions entre partie prenantes auront lieu régulièrement.
Et juste à côté, le "futur" sera la première partie à être achevée, dès décembre. Le badaud sera confronté à une anticipation des défis humanitaires de l'avenir après une recherche du Graduate Institute (IHEID), de l'adaptation à un monde de plus en plus instable au soin à prendre de plus en plus les uns pour les autres en passant par le rôle de la confiance.
"Mur du mouvement"
Des enfants d'une école primaire locale auront contribué à des tentes pour mettre l'humanitaire à hauteur de jeunes. L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) va notamment lancer une intelligence artificielle (IA) qui aboutira à un texte individuel et une affiche inédite pour chacun en fonction de ses choix de thématique, de région ou encore d'émotion. "L'idée est de montrer que les petits actes du quotidien ont tout autant d'importance que ceux des grandes organisations humanitaires", affirme M. Hufschmid.
A l'été 2027, de l'autre côté d'un carré central, la partie sur "le passé" sera prête. Environ 300 objets montreront les grandes inflexions, de même que les femmes et les hommes qui ont fait le Mouvement de la Croix-Rouge du 19e siècle à la Guerre froide.
Quelques mois plus tard, le "présent" permettra de se confronter à la diversité des missions, du baby-sitting de la Croix-Rouge genevoise aux délégués du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sur le terrain. Le public sera interpellé sur les dilemmes humanitaires. Trois salles complèteront cette partie avec des thématiques temporaires. La première exposition portera sur le coût économique et moral des conflits, en collaboration avec plusieurs musées internationaux.
Début 2028, un "mur du mouvement" pour expliquer la Croix-Rouge en un clin d'oeil et la seconde mouture de l'Agora complèteront le dispositif. De quoi rendre les défis humanitaires, parfois complexes, plus accessibles encore.
Cet article a été publié automatiquement. Source : ats
Did
30 janvier 2020 à 17 h 03 min
à contrôler... mais contrôlez !