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L'équipe de Suisse est entrée dans une nouvelle époque

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Murat Yakin est forcément l'un des artisans de l'exploit historique de la Suisse (© KEYSTONE/PETER KLAUNZER)

La Suisse a arraché au bout du suspense le droit de disputer un quart de finale de Coupe du monde, après 72 ans d'attente.

Cent vingt minutes de tension, un combat défensif acharné et une qualification historique pour les quarts de finale de la Coupe du monde. Affaiblie par plusieurs blessures, dont celle de son grand talent Johan Manzambi, l'équipe de Suisse s'est battue avec la Colombie dans l'herbe et la sueur, avant de sortir vainqueure d'une séance de tirs au but mémorable. Et d'entrer, pour de bon, dans une nouvelle époque.

Il est 15h46 à Vancouver, bientôt une heure du matin en Suisse, quand Manuel Akanji s'avance vers le point de penalty. Djibril Sow l'accompagne quelques mètres. Il essaie sans doute de chasser les démons qui font inévitablement douter le défenseur. N'a-t-il pas raté ses deux dernières tentatives dans le terrible exercice des tirs au but, en quart de finale des derniers Euros contre l'Espagne puis l'Angleterre?

Jamais deux sans trois, Akanji envoie le ballon largement au-dessus du but colombien. Il s'écroule sur la pelouse. Le scénario semble écrit d'avance: la Suisse va encore échouer en 8es de finale d'une Coupe du monde. Sauf que non, pas cette fois. Gregor Kobel répare l'erreur de son coéquipier en plongeant du bon côté, puis Cedric Itten et Ruben Vargas ne tremblent pas, comme Granit Xhaka et Zeki Amdouni avant eux. La Suisse va affronter l'Argentine en quart de finale du Mondial.

"Mon dernier penalty"

Soulagé, Manuel Akanji? "J'ai dit à Muri (réd: Yakin) que c'était mon dernier penalty", s'est-il amusé un peu plus tard devant les médias, avouant avoir commis l'erreur de changer d'avis au dernier moment. "Je voulais tirer en haut à gauche, mais le gardien a plongé les deux premières fois dans cette direction, donc j'ai finalement décidé de viser le centre. Mais tout le monde sait que ça ne marche pas comme ça."

Ce fut pratiquement la seule erreur du vice-capitaine, qui avait déjà eu le malheur de concéder une déviation fatale lors du 8e de finale perdu 1-0 contre la Suède en 2018. Face aux Cafeteros, Akanji et son compère Nico Elvedi, de loin le meilleur Suisse ce mardi, ont confirmé la montée en puissance de la défense helvétique dans cette Coupe du monde. Celle-ci n'a pas encaissé de but depuis le début de la phase à élimination directe.

Il fallait avoir les nerfs particulièrement solides jusqu'à la fin des prolongations, qui se sont terminées presque sans surprise sur le score de 0-0. C'est que les deux équipes jouaient gros, très gros, et ont limité les prises de risque tout le match. Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de retrouver les quarts de finale du Mondial, que ce soit 12 ans (pour la Colombie) ou 72 ans (pour la Suisse) après la dernière fois.

Manzambi dépendance

Défensive, la Suisse l'a aussi été en raison des circonstances. Le forfait de Johan Manzambi a été un énorme coup dur. La mise en place tactique avait été effectuée avec le phénomène genevois, avant qu'il ne se blesse lundi en toute fin d'entraînement. "C'était difficile de compenser son absence en si peu de temps, car on a dû adapter notre plan de match au dernier moment", a expliqué Yakin en conférence de presse.

C'est surtout la créativité, la capacité à accélérer le jeu de Manzambi qui a fait défaut à l'équipe de Suisse. Sans lui sur le terrain, la Suisse n'a pas marqué le moindre but depuis le début du Mondial, si l'on omet le penalty transformé par Breel Embolo contre le Qatar. Le constat s'applique pareillement à Ruben Vargas, lui aussi touché lundi à l'entraînement et qui n'a pas pu entrer en jeu avant les prolongations.

Manzambi sera-t-il rétabli à temps pour disputer le quart de finale contre l'Argentine, samedi à Kansas City (20h00, dimanche à 3h00 en Suisse)? Il souffre d'une contusion au genou gauche, selon l'ASF, mais Murat Yakin était plutôt pessimiste mardi après le match: "On ne sait pas clairement de quelle blessure il s'agit. Je ne sais pas s'il serait médicalement conseillé de le faire jouer aussi vite."

Douze ans après São Paulo

Pour venir à bout des champions du monde, Yakin aurait pourtant bien besoin du renfort de son "meilleur joueur". Et d'un peu de chance, comme celle de Kobel, sauvé par sa transversale contre les Colombiens durant les prolongations.

Ce sera la première fois que la Suisse affrontera l'Argentine depuis le Mondial 2014 au Brésil. A l'époque, en 8es de finale, l'Albiceleste s'était imposée 1-0 grâce à un but d'Angel di Maria à la 118e, Blerim Dzemaili touchant le poteau sur une reprise de la tête à la 120e. Granit Xhaka et Ricardo Rodriguez étaient déjà là. Lionel Messi aussi.

Mais cette Suisse qui perdait à São Paulo, c'était celle d'un autre temps, d'une époque définitivement révolue. C'était celle qui n'avait encore jamais remporté un match à élimination directe dans un grand tournoi. La nouvelle Suisse, celle qui joue dans la cour des grands, en a remporté deux en l'espace d'une semaine.

Dites, Manuel Akanji, c'est quoi déjà, le fameux dicton?

Cet article a été publié automatiquement. Source : ats

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International

"On a été un ton en-dessous", reconnaît Didier Deschamps

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Deschamps n'a pu que reconnaître la supériorité de l'Espagne (© KEYSTONE/EPA/SAM WASSON)

Il faut "reconnaître qu'aujourd'hui (mardi) on a été un ton en-dessous": Didier Deschamps l'a avoué après la défaite de la France en demi-finale du Mondial contre l'Espagne (2-0) à Dallas.

"Il y a beaucoup de déception. Les joueurs sont anéantis parce qu'on avait beaucoup d'ambition, même s'il faut être aussi logique et reconnaître qu'aujourd'hui on a été un ton en dessous sur le plan technique face à une équipe qui a bien maîtrisé son sujet et plus. Mais c'est d'abord de notre faute, je veux pas accuser qui que ce soit", a commenté Deschamps sur M6.

Il s'est aussi interrogé sur le niveau de l'arbitre du match, le Salvadorien Ivan Barton : "Est-ce que l'arbitre a le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du monde ? (...) Je ne vais pas y répondre. Ce n'est pas parce qu'on a perdu que je dis ça. Il y a eu pas mal de situations, souvent en notre défaveur aussi, mais la première raison c'est forcément parce qu'on a été un peu en-dessous et moins dangereux offensivement qu'on aurait pu l'être avec quelques erreurs techniques, des passes qui auraient pu amener des situations, des occasions".

Mais "il faut l'accepter, c'est le très haut niveau, même si ça fait mal. Je ne veux pas jeter tout ce qui a été fait, mais sur ce match-là, voilà, l'Espagne a montré quelque chose de plus", a-t-il encore dit.

"Fier de son parcours"

"L'Espagne est très forte. Ils ont été très bons dans la lecture de notre jeu. On n'a pas trouvé les solutions. Si on n'a pas l'expression offensive et technique qu'on a eue jusqu'à maintenant, c'est de notre faute. Il y a aussi le mérite de l'adversaire. Il fallait être au maximum et l'équipe de France ne l'était pas ce soir", a-t-il ajouté en conférence de presse.

Didier Deschamps, qui dirigera pour la dernière fois les Bleus samedi lors du match pour la 3e place après 14 ans passés à la tête de l'équipe de France s'est aussi dit "fier" de son parcours. "Il y a eu 2018 (le titre de champion du monde), la finale en 2022, on a maintenu la sélection française à un niveau très haut. C'est ainsi. Ce n'est pas un moment de bonheur ce soir mais il faut accepter la décision du match", a-t-il expliqué.

Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / afp

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International

La France a perdu contre la "meilleure équipe du monde"

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Luis de la Fuente est impressionné par son équipe (© KEYSTONE/EPA/SAM WASSON)

La France a perdu (2-0) en demi-finale du Mondial-2026 face à la "meilleure équipe du monde", a estimé le sélectionneur de l'Espagne Luis de la Fuente.

Celui-ci a souligné que son équipe progressait de match en match.

La Roja a donné une leçon aux Bleus et s'est imposée grâce à des buts de Mikel Oyarzabal (22e sur penalty) et de Pedro Porro (58e) à Arlington, près de Dallas. Elle accède pour la deuxième fois à la finale de la Coupe du monde, après l'Afrique du Sud en 2010, où elle avait remporté son unique titre mondial.

"Nous avons affronté l'une des meilleures sélections du monde, mais en face il y avait la meilleure équipe du monde, c'est essentiel: on est une équipe", a déclaré l'entraîneur en conférence d'après-match. "Je suis vraiment constamment surpris par ce dont cette équipe est capable. Elle s'améliore d'un match à l'autre (...) La marge de progression, je vous le répète souvent, est infinie et (les joueurs) le démontrent à chaque fois", a-t-il ajouté.

Le sélectionneur a assuré que le beau jeu de l'Espagne tenait aux "valeurs", notamment de travail et de sacrifice, prônées par une génération "exceptionnelle" de footballeurs. "L'équipe interprète parfaitement toutes les séquences du jeu", a-t-il poursuivi. "Nous n'avions aucun doute que, en restant nous-mêmes, nous allions faire beaucoup de mal à la France", a-t-il expliqué. Il s'agissait de "chercher ces espaces, trouver des joueurs qui se positionnaient parfaitement derrière ces premiers joueurs qui allaient au pressing."

"Nous connaissons très bien la France, nous connaissons très bien son potentiel, mais nous savons aussi comment le limiter et le contrer", a-t-il ajouté.

Dimanche, l'Espagne se disputera la finale de la Coupe du monde contre le vainqueur du duel entre l'Argentine et l'Angleterre, qui se joue mercredi à Atlanta. "Nous nous battrons, évidemment, comme il se doit, pour décrocher le titre", a assuré De la Fuente.

Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / afp

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Economie

Google poursuivi par des maisons d'édition

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La question des droits d'auteur est au coeur des enjeux pour les éditeurs dans le contexte du développement fulgurant de l'IA (archives). (© KEYSTONE/AP/GENE J. PUSKAR)

Plusieurs maisons d'édition, dont Hachette, ont poursuivi Google en justice mardi, l'accusant d'avoir utilisé sans autorisation des oeuvres protégées par des droits d'auteur pour entraîner ses modèles d'intelligence artificielle (IA).

"L'ampleur et la vitesse avec lesquelles Gemini (le modèle d'IA de Google) peut créer des livres et concurrencer les auteurs humains sont sans précédent", affirment-elles dans leur plainte.

La plainte a été déposée à New York par Hachette Book Group, Cengage Learning, Elsevier, l'écrivain Scott Turow et sa société d'édition S.C.R.I.B.E.

Ils accusent Google d'avoir "secrètement copié des millions d'oeuvres" confiées à sa bibliothèque numérique, Google Books, et à d'autres services pour des "usages limités", avant de les utiliser pour entraîner Gemini.

Ils estiment également que les contenus générés par Gemini concurrencent directement les auteurs des oeuvres originales.

"Gemini adapte même ses réponses pour imiter les éléments stylistiques et les choix créatifs d'auteurs précis", affirment-ils.

Les plaignants demandent au tribunal d'ordonner à Google de mettre fin à ces pratiques, ainsi que de leur verser des dommages et intérêts dont le montant n'est pas précisé.

Cette nouvelle procédure s'inscrit dans une série de poursuites pour violation de droits d'auteur contre des entreprises de l'IA.

Plusieurs éditeurs - dont Hachette, Cengage, Elsevier et Scott Turow - avaient déjà poursuivi Meta en mai devant un tribunal new-yorkais pour des motifs similaires.

Anthropic, qui développe les modèles d'IA Claude, avait pour sa part signé en septembre dernier un accord prévoyant le versement d'au moins 1,5 milliard de dollars à des auteurs et des éditeurs qui la poursuivaient pour avoir téléchargé illégalement des millions de livres.

Mais un juge avait toutefois estimé dans cette affaire que le fait d'alimenter un modèle d'IA générative avec des oeuvres en théorie protégées par le droit d'auteur ne constituait pas une infraction.

Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / awp / afp

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Economie

Chine: la croissance déçoit au deuxième trimestre

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Les difficultés du secteur immobilier continuent de peser sur l'économie chinoise (archives). (© KEYSTONE/EPA/MARK R. CRISTINO)

La Chine a vu sa croissance économique ralentir plus fortement qu'attendu au deuxième trimestre, en dépit de solides exportations dopées par le boom de l'IA et l'automobile, ainsi que d'une embellie en juin sur la production industrielle et les ventes de détail.

Le Produit intérieur brut (PIB) de la deuxième économie mondiale a progressé de 4,3% sur un an en avril-juin, a indiqué mercredi le Bureau national des statistiques (BNS), en-deçà de la prévision de 4,5% d'un panel d'économistes sondés par l'AFP.

Il s'agit d'un net essoufflement après une croissance de 5% au premier trimestre et sa plus faible performance depuis le dernier trimestre 2022. Pékin s'est fixé l'objectif d'une croissance annuelle de 4,5 à 5,0%.

La Chine, qui a fait des exportations un pilier de son modèle économique, dépend essentiellement du commerce extérieur pour sa croissance, à l'heure où un marasme prolongé de son secteur immobilier et une faible consommation continuent de peser.

Toutefois, les tensions liées au conflit entre Etats-Unis et Iran ont menacé cette dynamique en entravant le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, faisant flamber les cours du pétrole - au risque de gripper les chaînes industrielles mondiales et de pénaliser la demande pour les produits chinois.

"Il existe de nombreux facteurs externes instables et incertains, et le déséquilibre intérieur entre une offre abondante et une demande faible persiste", a commenté le BNS.

"Les fondations d'une reprise économique doivent encore être consolidées", a-t-il conclu.

Intelligence artificielle

Or, d'autres indicateurs publiés mercredi témoignent d'un éclaircissement meilleur qu'anticipé de la conjoncture.

La production industrielle de la Chine a gonflé de 5,3% sur un an en juin, accélérant bien plus fortement que ne l'anticipaient (+4,6%) les analystes sondés par Bloomberg, après une hausse de 4,5% en mai.

Surtout, les ventes de détail, baromètre de la consommation, ont rebondi en juin (+1% sur un an), alors que les experts attendaient un nouveau repli après une baisse de 0,6% le mois précédent. Ce chiffre peut indiquer que la demande des ménages, atone, commence à se ressaisir.

Ces indicateurs font suite à de solides statistiques sur le commerce extérieur publiées mardi par les douanes.

Les exportations de la Chine libellées en dollars ont grimpé de 27% sur un an en juin, dépassant de loin la prévision de 19% des analystes sondés par Bloomberg, tandis que les importations gonflaient de 36%, mieux qu'attendu.

L'essor de l'intelligence artificielle (IA), objet d'une vive compétition entre Pékin et Washington, continue de stimuler les échanges commerciaux: les exportations (en valeur en dollars) de semi-conducteurs se sont envolées de 122% sur un an.

Certes, ces chiffres "reflètent principalement la récente flambée des prix des semiconducteurs (...) due à la pénurie persistante de puces-mémoires: en effet, le volume des exportations de semiconducteurs a lui légèrement reculé sur un an, sa première baisse depuis plus de deux ans", tempère Julian Evans-Pritchard, analyste de Capital Economics.

Mais même en faisant abstraction des semi-conducteurs, la demande étrangère pour les produits chinois reste soutenue, notamment dans les technologies vertes et l'automobile (+72% sur un an du nombre de véhicules exportés, dopé par l'électrique): la Chine a exporté plus d'un million de voitures sur le seul mois de juin.

Demande fragile

La conjoncture reste cependant fragile. Signe inquiétant: l'investissement en capital fixe, qui comprend notamment les dépenses dans les infrastructures, a chuté de 5,7% sur un an au premier semestre.

Par ailleurs, "la demande intérieure reste le maillon faible: en juin, les importations de pétrole sont restées à un niveau historiquement bas par rapport à l'année précédente, tandis que les industries en aval, comme la chimie, continuent d'enregistrer une faible croissance", observe Yue Su, analyste de The Economist Intelligence Unit.

"Il faudra du temps pour que les chaînes d'approvisionnement industrielles et la demande énergétique", bouleversées par la guerre au Moyen-Orient, "reviennent à la normale", tandis que "la croissance des revenus des ménages chinois continue d'être inférieure à celle du PIB", de quoi "peser sur la confiance des consommateurs", poursuit-elle.

Selon elle, soucieuses de soutenir la croissance, "les autorités mettront davantage l'accent sur la stimulation de la consommation au second semestre et jusqu'à début 2027".

Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / awp / afp

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International

Turquie: Erdogan plus que jamais au sommet des pouvoirs

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Dix ans après la tentative de coup d'Etat qui le visait, Recep Tayyip Erdogan est plus que jamais le seul maître à bord en Turquie (archives). (© KEYSTONE/AP/Hussein Malla)

Dix ans après la tentative de coup d'Etat du 15 juillet 2016 qui visait à le renverser, Recep Tayyip Erdogan est plus que jamais aux commandes de la Turquie et continue de vitrifier toute forme de critique.

A peine ébranlé par le dernier coup militaire en date dans l'histoire moderne de la Turquie, le chef de l'Etat a su utiliser l'émotion du pays en sa faveur et concentre aujourd'hui tous les pouvoirs, estiment les analystes.

"Le 15 juillet a constitué un tournant pour la Turquie. Mais Erdogan avait déjà fait la preuve de sa tendance autoritaire auparavant. Le coup a accéléré le passage d'un régime parlementaire a un régime hyper présidentiel", résume le politiste Ahmet Insel, qui rappelle les deux ans d'état d'urgence proclamés dans la foulée.

"Aujourd'hui, l'Etat de droit a tout simplement disparu : il n'est plus l'arbitre ultime et on ne cherche même plus vraiment à le présenter comme tel. Pour moi, ça remonte au coup d'État" estime Gareth Jenkins, spécialiste de la Turquie affilié au centre de recherches ISDP, à Stockholm.

Redoutable animal politique, M. Erdogan l'avait d'ailleurs prédit dès le lendemain lors d'une conférence de presse, en qualifiant l'épisode de "don de dieu", qui allait lui permettre de façonner la "nouvelle Turquie" à sa guise.

Il en a depuis tiré tous les partis, baptisant le premier pont sur le Bosphore "Pont des Martyrs du 15 juillet", en souvenir des violents affrontement entre les tankistes et les civils qui ont fait échec au coup. Et inaugurant en 2019 le musée "Mémoire du 15 juillet", avec 252 cyprès, un par soldat ou civil tué cette nuit-là.

La répression et les purges s'abattent alors sur l'armée et l'administration : des dizaines de milliers de personnes sont arrêtées ou renvoyées, soupçonnées de liens avec l'organisation du prédicateur musulman installé aux Etats-Unis Fethullah Gülen. Ancien allié du parti AKP de M. Erdogan celui-ci a pris ses distances et est soupçonné d'avoir été l'instigateur du putsch raté.

"Près d'un tiers de l'appareil judiciaire a été purgé: juges et procureurs sont nommés par le gouvernement, de même que les présidents d'université" relève Ahmet Insel.

Société civile laminée

La société civile aussi est laminée : "Avec l'état d'urgence, de nombreux médias, des centaines d'associations et de fondations sont fermés" rappele Baris Altintas, directrice de l'association de défense des droits, MLSA.

"Jusqu'à près de 200 journalistes se sont retrouvés en prison. Et bien que l'état d'urgence ait été techniquement levé après deux ans, ses effets se font encore sentir", insiste-t-elle. "C'est là son principal héritage".

Pour Ahmet Insel, le ton avait été donné avec la première élection présidentielle de M. Erdogan au suffrage universel en 2014 - il était depuis 2003 Premier ministre.

"Ce coup c'était du pain béni pour Erdogan, il l'a dit lui-même et il en a profité", confirme Didier Billion, directeur-adjoint de l'IRIS à Paris et spécialiste de la Turquie: "Après la tentative de coup d'État militaire, il y a eu un contre-coup d'État civil, il s'est senti pousser les ailes".

En avril 2017, alors que l'état d'urgence interdit meetings et rassemblements, un référendum propose un amendement à la constitution qui, quand il entre en vigueur un an plus tard, consacre un régime hyper présidentiel.

Outre "la suppression du poste de Premier ministre, le président a la haute main sur le gouvernement, sur le parti AKP et son groupe parlementaire, et la réforme de la justice entame considérablement son indépendance", énumère M. Billion.

Les vagues d'arrestations qui visent aujourd'hui l'opposition, en particulier le parti CHP du maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, détenu depuis mars 2025 pour des faits de "corruption" qu'il nie, s'inscrivent selon lui dans cette continuité.

"Sans parler de panique, il y une grave inquiétude au sein de l'AKP et ces commémorations (mercredi) vont être encore un moyen d'accentuer la polarisation de la société turque: les bons derrière Erdogan, qui défendent la démocratie, et les autres, qui sont des agents de troubles de l'ordre public" conclut Didier Billion.

Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / afp

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