En Suisse, le cancer colorectal touche de plus en plus de personnes de moins de 50 ans. La hausse des cas au sein de cette population est de 0,5% par année, relève une étude de l'Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).
Il s'agit de la première étude sur cette tendance à l'échelle suisse. Elle est fondée sur l'analyse de près de 100'000 cas sur 40 ans, précise mardi un communiqué de l'UNIGE. Les résultats montrent que les cancers du côlon survenant avant 50 ans représentent 6,1% des cas et que leur incidence augmente régulièrement au fil du temps.
Les raisons de cette hausse ne sont pas identifiées. "Plusieurs facteurs pourraient contribuer à cette augmentation", souligne l'UNIGE, qui évoque les changements d'habitudes alimentaires et du mode de vie, l'augmentation de l'obésité, ainsi que des expositions environnementales précoces influençant le microbiote intestinal.
Alors que l'incidence des cancers colorectaux augmente chez les moins de 50 ans, elle diminue en revanche au sein du groupe des 50-74 ans (-1,7% chez les hommes et -2,8% chez les femmes), selon l'étude. L'UNIGE rappelle dans son communiqué que cette catégorie d'âge est soumise au dépistage du cancer du côlon.
Concernant les personnes âgées de moins de 50 ans, "notre étude montre également que l'augmentation observée concerne principalement les cancers du rectum chez les hommes et les femmes ainsi que les cancers du côlon droit chez les femmes jeunes", note la doctoresse Evelyne Fournier, épidémiologiste à l'UNIGE et coauteur de l'étude.
Un quart de cas avec métastases
Ces différences suggèrent l'existence de mécanismes biologiques ou environnementaux distincts. Les travaux montrent aussi que près de 28% des patientes et patients de moins de 50 ans présentent une maladie métastatique au moment du diagnostic. Alors que cette proportion n'est que de 20% chez les patientes et patients plus âgés.
"On voit apparaître des cas dès la trentaine, sans antécédents personnels ou familiaux", relève pour sa part Jeremy Meyer, cité dans le communiqué des HUG. Le médecin, exerçant au service de chirurgie viscérale des HUG, a dirigé les travaux avec sa collègue Evelyne Fournier
Les chercheurs soulignent l'importance de renforcer la sensibilisation aux symptômes évocateurs chez les personnes plus jeunes, "tels que les douleurs abdominales persistantes, la présence de sang dans les selles, une modification du transit intestinal ou une perte de poids inexpliquée."
Un cancer fréquent
Le cancer colorectal figure parmi les cancers les plus fréquents à l'échelle mondiale. Il est le troisième cancer en termes d'incidence et le deuxième en matière de mortalité. Selon l'OMS, plus de 1,9 million de nouveaux cas ont été diagnostiqués en 2022, pour près de 900'000 décès.
En Suisse aussi, la maladie compte également parmi les trois cancers les plus fréquents, avec environ 4500 cas diagnostiqués chaque année, note l'UNIGE. La progression du cancer colorectal chez des personnes de plus en plus jeunes s'observe dans de nombreux pays à revenu élevé.
L'étude genevoise fait l'objet d'un article dans la revue spécialisée "European Journal of Cancer".