Le ministre allemand de l’économie a annoncé hier que l’Allemagne allait subventionner la production de batteries. A hauteur d’un milliard d’euros. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour Leclanché à Yverdon ?
C’est effectivement la question qui vient spontanément à l’esprit. Et la réponse à chaud semble plutôt positive. Leclanché s’est orienté depuis années dans le développement de solutions de stockage d’électricité. Plus précisément pour les installations de production à débit irrégulier. C’est-à-dire le photovoltaïque et l’éolien. Pour les moyens de transport hybrides également. Bus et trains en particulier.
Or Leclanché assemble certaines de ses batteries à Yverdon, mais produit toutes ses cellules en Allemagne. En Allemagne voisine si l’on peut dire. A Willstätt, près de Freiburg-en-Brisgau. L’entreprise pourrait donc bénéficier de subsides allemands. Ce serait bienvenu sachant qu’elle coure après sa rentabilité depuis des années.
On a appris ces derniers jours que Leclanché avait convenu d’un partenariat en Norvège.
Pour équiper des navires. Leclanché a beaucoup investi sur des technologies d’avant-garde. Mais le retour sur investissement est long et assez incertain tout de même. Le volontarisme public destiné à barrer la route aux batteries asiatiques en Europe pourrait lui faciliter la tâche. Mais il faudra voir comment ce volontarisme se réalisera concrètement.
Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une volonté de l’Allemagne. C’est bien l’Union européenne qui est derrière ce mégaprojet industriel. Ça pourrait compliquer les choses, non ?
Je ne crois pas. C’est à la suite d’une rencontre avec le vice-président de la commission européenne que le ministre allemand de l’économie a fait hier sa déclaration. Et ce que l’Allemagne veut en Europe… Il n’y a que la France qui peut s’y opposer. Elle ne le fera pas, au contraire.
Et que faut-il penser en Suisse de ce soutien public à une activité industrielle ? Parce qu’elle est jugée trop risquée… Qu’elle n’obtient donc pas assez d’investissements privés.
Disons que ça peut paraître tout de même assez contradictoire. Et même contrariant. L’Union Européenne fait pression sur la Suisse depuis des années pour qu’elle libéralise son marché de l’électricité. Ou pour que les cantons cessent de garantir et de soutenir les banques cantonales. A nom de principes forcément discutables, mais que la Commission Européenne ne veut pas discuter.
Et lorsque l’Europe veut se protéger contre des investissements et des équipements asiatiques, elle oublie tout. Surtout si la volonté vient clairement d’Allemagne.
On dira évidemment qu’il s’agit de tout autre chose. Que ces cas ne sont pas du tout comparables. Ils ne le sont d’ailleurs jamais. Il n’y a que des cas particuliers.
Mais dans ces moments-là, on comprend un peu mieux les tweets envoyés hier par Donald Trump. Demandant à l’Europe protectionniste de ne pas donner continuellement des leçons de libre-échange au monde et aux Etats-Unis. Ce genre de tweets, la Suisse pourrait aussi en envoyer de temps en temps.