Lancé fin 2025, "Onesimus le Réseau Suisse de Médecins Afro-descendant·s" propose un espace de mentôrat, d’entraide. Face à l’isolement et aux micro-agressions vécus par certains praticiens, son fondateur genevois, Mohammed Abbas, souhaite transformer ces expériences en une force collective pour améliorer les conditions de travail et la prise en charge des patients.
Le milieu médical helvétique voit naître une initiative portée depuis Genève. Mohammed Abbas, médecin et président fondateur d'Onesimus, a structuré ce réseau pour répondre à une réalité: les situations difficiles que vivent les médecins afro descendant. «On l'a créé parce qu'il y a un besoin réel», explique-t-il.
«Souvent on est assez isolés et on n'a pas d'espace sûr pour en parler».
Sortir de l’isolement par le dialogue
Un des objectifs de l'association est de créer un espace sûr pour pallier l'isolement vécu par certains praticiens. Il s’agit aussi d’un lieu d’échange où la parole se libère sans crainte du jugement. Pour Mohammed Abbas, cette étape est cruciale. «Il y a un niveau de compréhension qui se fait entre personnes qui ont subi les mêmes choses, qui ont partagé les mêmes expériences»
Au-delà de la simple écoute, le réseau vise à redonner une légitimité à ceux qui doutent de leur ressenti face à des comportements inappropriés. «Rien que ça, c'est thérapeutique. Ça redonne aussi de la dignité à la personne et ça enlève justement cette sensation que c'est dans notre tête».
«C'est comme si on émettait un doute sur notre vécu. Il y a une banalisation et une rationalisation»
Un quotidien marqué par les micro-agressions
Le racisme en milieu hospitalier ne prend pas toujours des formes spectaculaires. Il se niche souvent dans des détails, des remarques ou un manque de considération. Dr Abbas décrit une accumulation de «micro-agressions, de remarques, de doutes qui sont émis ou de déficit du bénéfice du doute».
«L'objectif, c'est de pouvoir transformer ces expériences qui sont lourdes en compréhension et en entraide et, éventuellement, en action concrète»
Un soutien pour la relève
Basé à Genève mais ouvert à toute la Suisse, le réseau compte déjà une cinquantaine de membres. Si les médecins installés y trouvent un soutien entre pairs, l’accent est également mis sur les futurs professionnels via le mentorat. «On veut aussi soutenir les plus jeunes qui entrent maintenant dans le monde du travail ou qui sont en formation, et faire part de notre expérience».
Onesimus ne se définit pas comme une structure de signalement, mais comme une communauté de solidarité et d'excellence.
Entretien réalisé par Anne Gallienne
Adaptation web avec IA