Connu du grand public pour son rôle dans Les petits meurtres d’Agatha Christie, le comédien franco-suisse Samuel Labarthe revient à Genève pour incarner, seul en scène, l’univers littéraire de Nicolas Bouvier. Les 24 et 31 janvier, il présentera un diptyque inédit au Théâtre de Carouge, réunissant L’Usage du monde et Le Poisson-scorpion, deux œuvres phares de l’écrivain-voyageur genevois. Samuel Labarthe était l'invité d'Anne Gallienne, à retrouver en version longue.
C’est une double rencontre: entre un acteur et un auteur, entre un Genevois d’origine et sa terre natale. À l’affiche du Théâtre de Carouge, Samuel Labarthe incarne les récits de Nicolas Bouvier dans deux monologues distincts mais complémentaires. L’Usage du monde, récit lumineux d’un périple entamé en 1953 de Genève à l’Afghanistan, précède Le Poisson-scorpion, plongée introspective écrite après un séjour éprouvant à Ceylan. Les 24 et 31 janvier, les spectateurs pourront découvrir ces deux volets à la suite: à 14h30 pour le premier, 17h30 pour le second.
« J’ai eu un véritable coup de foudre en lisant Bouvier et j’ai eu envie de partager cet émerveillement avec le public. »
Au-delà du voyage géographique, ces textes racontent un cheminement intérieur, fait de doutes, de remises en question et de solitude. « Le Poisson-scorpion, c’est presque une saison en enfer, une mue, une traversée du vide. Mais toujours avec cette dérision magnifique qui sauve Nicolas Bouvier. C’est bouleversant et drôle à la fois. »
« Le théâtre, c’est le lieu du vivant. Le seul endroit où l’on peut se tromper, chercher, recommencer. »
C’est au Théâtre de Carouge, à l’âge de 18 ans, que Samuel Labarthe a commencé le théâtre. Presque quarante ans plus tard, il y revient avec une œuvre qui fait écho à sa propre trajectoire. Lui aussi a quitté Genève jeune, pour Paris, et n’a jamais cessé d’alterner cinéma, doublage, télévision et planches. "C'est un lieu artisanal. Et c’est surtout un moment partagé avec le public. C’est lui, le partenaire invisible, qui fait la représentation. »
Habitué aux scènes classiques et contemporaines, Samuel Labarthe souligne l’exigence particulière du monologue.
« Il faut tenir une salle seul, sans réplique. L’écoute du public me porte. Chaque soir est différent, selon l’énergie qu’ils donnent. »
L’acteur, qui multiplie les projets en lien avec sa ville natale, prépare également un nouveau rendez-vous culturel à Bernex: un festival de lecture de correspondances, consacré cette année aux écrivains voyageurs. Il se tiendra du 12 au 14 juin et mettra en lumière des figures suisses trop peu valorisées à ses yeux.
« On oublie qu’on a ici un patrimoine littéraire incroyable. Nicolas Bouvier en est un exemple éclatant, mais il y en a d’autres. J’aimerais que ce festival permette de faire redécouvrir cette richesse, notamment aux jeunes générations. »
Bien qu’installé en France depuis de nombreuses années, Samuel Labarthe reste profondément attaché à la Suisse. Genève, selon lui, garde cette vocation de carrefour culturel.
« C’est une ville construite par les migrations, par les échanges. Et le théâtre, comme la littérature, permettent de garder ce lien vivant. »
Il revendique une forme d’identité double, faite de discrétion helvétique et d’ouverture sur le monde. « J’aime cette manière qu’ont les Suisses de faire les choses sans tapage. Cela m’émeut, même si ce n’est pas toujours évident dans mon métier. Et puis il y a cette curiosité, cette humilité dans le voyage. Chez Bouvier comme chez d’autres, on ne part pas pour donner des leçons, mais pour comprendre. »
Avec IA