Alors que les taxis genevois sont strictement encadrés par des tarifs officiels, des plateformes internationales proposent des prix largement supérieurs pour des prestations similaires. Cédric Bouchard, propriétaire de Taxiphone Genève, dénonce une distorsion de concurrence devenue incontrôlable. A écouter en version longue.
Cédric Bouchard n’en revient toujours pas. En testant l’offre de transport proposée par la plateforme Booking.com, que nous avons pu constaté, le patron de Taxiphone Genève a découvert une course facturée 800 francs entre la le cimetière des rois et l’aéroport. Lors de nos essais, des tarifs de plusieurs centaines de francs pour une course le jour même étaient systématiquement proposés.
« Ce trajet coûte officiellement autour de 40 francs. Là, on parle de 20 fois le prix réglementé, c’est de la folie », s’insurge-t-il.
Il alerte sur une confusion fréquente: le mot "taxi" est utilisé abusivement sur certaines plateformes.
« Les clients pensent réserver un taxi, mais se retrouvent avec un service non encadré, parfois totalement opaque. »
Les taxis genevois sont soumis à un cadre strict: tarifs définis par le Conseil d’État, compteur obligatoire, formation des chauffeurs, autorisations, contrôles. « On nous interdit même de proposer un tarif fixe, ou une fourchette, à la demande du client. Le mot d’ordre, c’est: le prix, c’est le prix », explique Cédric Bouchard.
À l’inverse, les plateformes étrangères bénéficient, selon lui, d’une liberté totale, sans obligation d’afficher le tarif officiel. « Pourquoi ne pas imposer à ces plateformes de montrer le prix de référence fixé par le canton? Ainsi, lorsqu’un trajet s’affiche à 800 francs au lieu de 40, le client serait averti », propose-t-il.
Plus grave encore, une enquête interne menée par Taxiphone a mis en évidence des pratiques contournant complètement la législation locale. « Nous avons payé une course via une plateforme à plus de 200 francs. Sur place, c’est un chauffeur VTC qui est venu, contacté par un réseau WhatsApp, payé 50 francs, sans reçu », raconte-t-il.
Il dénonce un système parallèle, avec des véhicules étrangers en nombre croissant, et un manque de réaction des autorités.
« On sent bien qu’on ne veut absolument pas mettre le doigt sur ce qui fait mal. »
Face à cette situation, Cédric Bouchard appelle à une réaction ferme du Conseil d’État, et en particulier de Delphine Bachmann, en charge du Département de l’économie et de l’emploi. Il réclame notamment l’obligation d’un bon de commande numérique pour tout véhicule accédant à l’aéroport, l’encadrement des plateformes avec affichage du tarif officiel, la création d’une cyberbrigade au sein de la PCTN (Police du commerce et du travail au noir) pour surveiller les pratiques en ligne.
« Aujourd’hui, nous sommes des entreprises locales, présentes 24h/24, qui respectent les règles. Et nous avons zéro aide de l’État. Pire: on nous empêche d’évoluer alors que d’autres passent sous les radars. Ce n’est pas tenable », conclut-il.
« Moi, je serais ministre, je protégerais mes entreprises locales. Et pour l’instant, ce n’est pas le cas. »
Alors que le secteur du transport de personnes évolue rapidement, les taxis genevois disent être prêts à s’adapter, mais demandent les mêmes règles pour tous. « Ce n’est pas qu’une question de prix: c’est une question de sécurité, de transparence et d’équité », martèle Cédric Bouchard.
Avec IA