Marine Le Pen sera fixée le 7 juillet sur son sort judiciaire, et donc politique. La cour d'appel de Paris s'est donné presque cinq mois après la fin des débats, mercredi en fin d'après-midi, pour statuer dans le dossier des assistants des eurodéputés de son parti.
La cour d'appel de Paris s'est donné presque cinq mois après la fin des débats, mercredi en fin d'après-midi, pour statuer dans le dossier des assistants des eurodéputés de son parti.
Il est reproché à Mme Le Pen, ainsi qu'à son parti le Rassemblement national (RN, à l'époque le Front national) et à dix autres cadres, d'avoir fait embaucher des assistants parlementaires pour les eurodéputés du parti, payés par des fonds européens, mais dont l'activité n'était qu'au seul bénéfice du mouvement.
La cheffe de file de l'extrême droite a d'ores et déjà indiqué qu'elle se déciderait quant à une quatrième candidature à la présidentielle dès l'annonce de la décision d'appel, sans attendre un éventuel arrêt de la Cour de cassation, l'instance suprême en France.
Elle avait été condamnée en première instance notamment à deux ans de port de bracelet électronique et cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate, l'empêchant à date de pouvoir se présenter.
"Plus (la décision était rendue) tôt, mieux je me portais", a-t-elle glissé à quelques journalistes à l'issue de l'audience. "La date, on fera avec. Je comprends qu'ils prennent du temps, c'est une cour d'appel qui n'a pas droit à l'erreur", a-t-elle ajouté.
Quelques minutes plus tôt, l'un de ses avocats, Rodolphe Bosselut, avait conclu sa plaidoirie longue de deux heures en interpellant les magistrats: "La voilà à l'orée d'une élection primordiale pour le pays. (...) Mais cette élection présidentielle rend l'arrêt que vous aurez à rendre vertigineux."
Déjà, au début de son argumentation, il avait prévenu: "Avec le respect que je vous dois, je vous le dis, ce n'est pas un cadeau."
"A la suite de son père"
Les trois magistrats de la cour sont en effet désormais confrontés à une question politique: Marine Le Pen doit-elle pouvoir se présenter à l'élection présidentielle de 2027?
Non, ont répondu la semaine dernière les deux avocats généraux, en requérant quatre ans d'emprisonnement dont trois avec sursis et possibilité d'aménager la partie ferme sous bracelet électronique, 100'000 euros d'amende et, surtout, cinq ans d'inéligibilité.
L'équation est simple: il lui faut n'être condamnée qu'à deux ans d'inéligibilité maximum (la peine courant depuis sa condamnation en première instance en mars 2025) et à un emprisonnement avec sursis.
Elle n'en est pas moins ardue: malgré un infléchissement de sa ligne de défense, les réquisitions sont peu ou prou conformes au jugement de première instance.
L'accusation a décrit Mme Le Pen comme "l'instigatrice, à la suite de son père (Jean-Marie Le Pen, leader historique du Front national, ndlr), d'un système qui a permis pour le compte du parti de détourner 1,4 million d'euros".
A l'ouverture des débats, elle avait semblé esquisser un début de mea culpa: "Si un délit a été commis, je veux bien l'entendre."
Mais sans "intention", avait-elle ajouté.
"Je crois aux miracles"
Ses avocats ont également contesté l'infraction de "détournement de fonds publics" qui vise les seuls "agents publics nationaux", quand eux soutiennent que les eurodéputés sont des agents publics "internationaux".
Ils se sont employés à anéantir l'idée du "système", pierre angulaire de l'accusation et qui avait justifié en première instance la lourdeur des condamnations.
Les trois pistes ont déjà été largement déblayées depuis la semaine dernière par les avocats des autres mis en cause, donnant aux plaidoyers de chacun des airs de répétition générale.
A défaut d'un véritable changement de stratégie, ce deuxième procès s'est déroulé dans une ambiance plus apaisée, avec une présidente dont chacun a salué "l'écoute": de quoi nourrir l'espoir, aussi mince soit-il, qu'une issue favorable soit possible.
"Je suis croyante... alors je crois aux miracles", avait plaisanté la semaine dernière Marine Le Pen.
Son visage a depuis trahi des sentiments plus graves face au risque de voir anéantie l'ambition d'une vie.
Un député ami résume: "En cas de condamnation, elle a compris qu'il faudra bien s'y résoudre, même la mort dans l'âme." Un cadre du parti, pragmatique, complète: "Dans tous les cas on fait campagne, on prépare le RN à accéder au pouvoir."
Avec à défaut de Marine le Pen la candidature du président du parti Jordan Bardella, son jeune et populaire dauphin.
Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / afp