Le Premier ministre britannique Keir Starmer a exclu vendredi de démissionner malgré de premiers résultats qui montrent de grosses pertes pour les travaillistes et une forte progression du parti anti-immigration Reform UK aux élections locales en Grande-Bretagne.
Le Premier ministre, arrivé au pouvoir avec une large majorité en juillet 2024, a déclaré vendredi matin "assumer la responsabilité" de ces résultats "très difficiles". Mais "je ne vais pas partir et plonger le pays dans le chaos", "des journées comme celle-là n'entament pas ma détermination à mettre en oeuvre les changements que j'ai promis", a-t-il ajouté.
Les résultats des élections qui se sont tenues jeudi restent parcellaires. A 09h00 GMT (11h00 en Suisse), seules 45 des 136 collectivités locales anglaises avaient livré leurs résultats. Ils montrent le parti de Nigel Farage, Reform UK, largement en tête avec plus de 382 sièges d'élus locaux conquis, contre 253 au Labour, soit une perte de 258 sièges dans ces collectivités, selon un décompte de la BBC.
Et le dépouillement ne fait que commencer en Ecosse et au Pays de Galles, où les résultats, attendus en fin de journée, pourraient être un camouflet plus douloureux encore pour les travaillistes.
Ils pourraient perdre leur bastion gallois pour la première fois depuis l'instauration d'un Parlement gallois dans le cadre de la décentralisation de 1999, au profit du parti indépendantiste Plaid Cymru et de Reform, qui étaient au coude-à-coude dans les derniers sondages. Et terminer en Ecosse en troisième position, derrière le parti indépendantiste SNP au pouvoir et derrière Reform.
La popularité de Keir Starmer, 63 ans, n'a cessé de chuter, sur fond d'économie léthargique et d'augmentation du coût de la vie récemment accentuée par la guerre au Moyen-Orient.
Ses détracteurs mettent en avant ses multiples faux pas, revirements et polémiques - notamment le scandale autour de la nomination comme ambassadeur à Washington de la figure travailliste contestée Peter Mandelson. Suscitant au sein de son parti des appels répétés à sa démission, même si aucun challenger ne s'est clairement dégagé jusqu'ici.
"Changement historique"
Le parti de Nigel Farage, l'homme du Brexit, semble quant à lui confirmer l'ascension que lui prédisaient les sondages, avec une percée notable dans plusieurs bastions travaillistes du nord de l'Angleterre et des Midlands (centre de l'Angleterre).
S'il sera désormais représenté dans de nombreux conseils locaux, cela ne signifie pas que ce parti gérera de nombreuses collectivités, car seule une partie des sièges dans chaque circonscription étaient en jeu lors des élections (5000 sur plus de 16'000 au total en Angleterre).
"Nous assistons à un changement historique de la politique britannique", s'est réjoui M. Farage vendredi matin dans une déclaration à Londres. "Nous sommes le plus national des partis, nous sommes là pour longtemps", a-t-il ajouté.
Les conservateurs, emmenés par Kemi Badenoch, arrivent eux en troisième position avec 250 sièges conquis à ce stade, mais perdent aussi 158 sièges, témoin du déclin des deux grands partis traditionnels et de la fragmentation du paysage politique en Grande-Bretagne comme ailleurs en Europe.
"Frustration et colère"
En attendant les résultats définitifs, plusieurs ministres de Keir Starmer sont montés au créneau pour serrer les rangs autour de leur leader. "On ne change pas de pilote en plein vol, on continue... Parfois, en particulier pour les gouvernements sortants, c'est difficile", a déclaré le vice-Premier ministre et ministre de la Justice, David Lammy.
Tout en reconnaissant que certains partis réussissaient à "canaliser la frustration et la colère", la ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper a aussi estimé que l'ensemble du gouvernement devait "réfléchir" aux résultats et montrer plus clairement "les valeurs d'équité" des travaillistes.
L'immigration en particulier cristallise le mécontentement de nombreux Britanniques, alors que le gouvernement ne parvient pas à entraver les traversées clandestines via les fameux "small boats". Quelque 200'000 migrants ont ainsi traversé la Manche depuis 2018, selon les derniers chiffres officiels.
Si Keir Starmer affiche sa détermination à rester au pouvoir, des députés Labour manoeuvrent néanmoins en coulisses pour obtenir son départ, selon certains médias britanniques.
D'autres évoquent un remaniement pour relancer le gouvernement, dont le prochain grand rendez-vous est le très solennel discours du roi devant le Parlement mercredi prochain: Charles III devrait y détailler les futurs projets de loi préparés par l'exécutif.
Cet article a été publié automatiquement. Sources : ats / afp