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Les signatures Radio Lac

Les armes font partie du patrimoine suisse

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Les Suisses seront appelés à voter la nouvelle Loi sur les armes, adoptée l’an dernier par les Chambres fédérales

C’est non seulement une votation sur une nouvelle loi, qui marque un durcissement des conditions de détention d’une arme à feu, mais aussi sur les relations avec l’Europe. En effet, les modifications apportées à une loi tout de même récente -elle date de 2008- répondent à une exigence de l’Union européenne. Une de plus diront les réalistes, une de trop répondent ceux qui en ont assez des diktats de l’Union. Le référendum a non seulement abouti, mais avec 125 000 signatures, on peut même parler d’un record. Un succès à mettre sur le compte d’une alliance sacrée entre quatorze organisations représentant les milieux des tireurs, de la sécurité, et la société civile.

Mais pourquoi les Suisses tiennent autant à jouir d’une certaine liberté dans l’acquisition et la détention d’armes ?

Cela tient certainement à l’histoire du pays. Et il faut sans doute remonter à Guillaume Tell pour sentir à quel point l’arme est, pour de nombreux ressortissants de ce pays, le symbole même de l’indépendance. Il n’y a pas une famille dans laquelle il n’y a pas eu une personne mobilisée durant la seconde guerre mondiale. Le pays a assuré sa subsistance, mais aussi, sa défense. Celle-ci, politiquement ancrée dans la neutralité, a surtout été une arme maîtresse de dissuasion. Les mercenaires suisses, au même titre que la garde pontificale, ont contribué à faire perdurer le mythe. On rappellera tout de même qu’il n’y a pas si longtemps de cela, l’armée suisse pouvait mobiliser un demi-million de soldats en quelques heures, soit autant de porteurs d’armes -ils devaient les conserver à domicile- qui aujourd’hui sont prêts à résister aux pressions européennes.

Les armes sont pourtant susceptibles d’être utilisées dans un but criminel.

Et si on ne connaît pas des faits divers aussi sanglants qu’aux Etats-Unis, on relèvera tout de même que nous ne sommes pas totalement à l’abri de tels drames. En septembre 2001, un forcené était entré en pleine session du Grand Conseil de Zoug et il avait tué 14 personnes et blessé 15 autres. Cela dit, qu’une arme soit détenue légalement ou pas, elle présente un danger potentiel. Mais, même si chaque mort violente est de trop, ce n’est pas la législation qui empêchera un auteur de passer à l’acte.

Faut-il craindre de rencontrer des personnes armées dans la rue ?

C’est peu probable. Car pour obtenir une autorisation de port d’arme, il faut remplir des conditions extrêmement strictes. Et même dans ce cas, il n’y a pas de garantie. Il y a une bonne trentaine d’années, un expert reconnu sur le plan international avait abattu un jeune homme lors du Festival de la Cité, à Lausanne. Il n’avait pas de véritable mobile, si ce n’est qu’il s’était senti menacé. Cette affaire a défrayé la chronique parce que son avocat, Me Eric Stoudmann, a soutenu que pour justifier le port d’armes, il faut bien le pratiquer. Et il avait obtenu une réduction de peine substantielle devant le Tribunal fédéral. La haute cour avait admis la légitime défense putative. Autrement dit, l’auteur n’était pas dans une situation de légitime défense, mais il pouvait penser qu’il y était. En débutant son réquisitoire, le procureur général Willy Heim s’était dit horrifié parce qu’il y avait à l’époque 20 000 détenteurs d’armes dans le canton de Vaud. On estime aujourd’hui à quelque 3 millions le nombre d’armes détenues en Suisse. Et je ne résiste pas à vous raconter cette anecdote vécue à la même époque lors d’une conférence sur le Liban, à l’hôtel Intercontinental de Genève. Un dirigeant chrétien refusait obstinément de passer sous le portique de détection. En palpant ses habits, les agents de sécurité ont découvert qu’il portait un pistolet… qui se serait transformé en arrosoir si l’octogénaire avait dû l’utiliser, tant il tremblait.

L’opinion des Suisses par rapport à la détention d’armes évolue tout de même.

Il est vrai que les hommes, et femmes, qui ont fait du service actif, sont moins nombreux à conserver leur arme. Les services cantonaux de la sécurité organisent régulièrement des actions de collecte d’armes et il est aussi possible de les déposer en tout temps à n’importe quel poste de police. Mais ces derniers mois, les demandes d’autorisation d’acquisition d’armes ont considérablement augmenté en Suisse romande. Peut-être que les acquéreurs ont réagi au durcissement prévisible de la législation.

C’est finalement la pression européenne qui fait réagir les référendaires.

D’ailleurs, le jour où cet objet sera soumis au peuple, il y aura d’un côté les partisans de l’indépendance qui voteront la défiance, et de l’autre ceux qui pensent que les armes sont plus dangereuses que dissuasives. Quoi qu’on en pense, il n’est pas nécessaire de détenir une arme pour tuer. Le législateur suisse en est tellement conscient que la Loi sur les armes, à l’article 4, donne un inventaire d’objets d’usage courant : le marteau, la hache, la batte de baseball, la chaîne à vélo ou encore le tournevis. Si leur utilisation est détournée, ils deviennent autant d’armes dangereuses… pour lesquelles aucune autorisation n’est requise.

https://www.radiolac.ch/podcasts/les-signatures-04022019-082051/

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Trois idées iconoclastes pour rendre les transports vraiment écologiques

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Benoît, vous vous consacrez à la question de la transition écologique dans les transports… vaste sujet !

Vous vous souvenez peut-être que je n’étais pas exactement emballé par la taxe sur les billets d’avion. Bien sûr, il faut la mettre en place, mais si elle avait un vrai impact, cela se saurait … Alors pour alimenter le débat, je vous propose aujourd’hui trois idées un peu plus radicales pour accélérer la transition de notre mobilité vers un modèle vraiment durable. Et vous le verrez, je ne me suis pas privé de laisser parler le bolchévique collectiviste qui sommeille en moi.

On commence ainsi avec une première proposition : la suppression des lignes aériennes intérieures. Oui, vous m’avez bien entendu. Fini, terminé, loin du bal. Entre les deux aéroports principaux du pays, à Zurich et Genève, par exemple, le train remplacerait entièrement l’avion, grâce à une amélioration notable de la connexion entre les deux. Attendez, avant de sortir les griffes : cette mesure aurait un précédent historique important, puisque jusqu’il y a peu, on interdisait aux entreprises de car de faire concurrence aux lignes ferroviaires. Pas de Genève – Lausanne en bus. Au nom de la durabilité et des investissements publics consentis dans le rail. Alors, on fait pareil avec l’avion, on rénove la ligne pour ramener le trajet en-dessous de deux heures, et hop ! On fait découvrir la Suisse et ses paysages aux voyageurs en correspondance, et on économise des litres de kérosène et des tonnes de gaz.

Révolutionnaire, en effet… vous avez encore mieux ?

Oui ! Deuxièmement, on transforme tous les centres urbains en zones de rencontre ou en zones piétonnes, et on s’assure qu’il ne soit plus possible de les traverser d’un bout à l’autre. Le cœur des agglomérations reste accessible en voiture, mais ensuite le trafic est redirigé sur des ceintures routières ou autoroutières. Pour se déplacer en ville, les transports publics, le vélo, la marche à pied deviennent une évidence. Bonus : on vit mieux, on se rencontre plus, et on respire plus sainement…

Mesure numéro trois : transférer sur le rail tous les camions qui sillonnent le pays en transportant des marchandises. Et quand je dis transférer sur le rail, c’est au sens propre, puisque la remorque d’un convoi routier vient simplement en roulant s’installer sur un wagon, sans nécessité d’une grue pour transférer des conteneurs par exemple. Et quand je dis tous les camions, c’est au sens propre aussi, en commençant par exemple par l’axe nord-sud qui traverse le pays et les Alpes. En 2015, une étude de l’EPFZ a démontré que c’était possible grâce aux deux tunnels du Gothard. Et si vous avez l’impression que cette politique des transports n’a rien à envier aux plans quinquennaux soviétiques, sachez que la réduction drastique du nombre de passages de camions est prescrite par un manifeste communiste appelé… Constitution fédérale, depuis l’adoption de l’Initiative des Alpes. Le peuple a alors voulu un objectif ambitieux, aujourd’hui loin d’être tenu: il est temps de respecter sa volonté !

Promesse tenue, trois idées pour réduire l’empreinte des transports sur le climat. Bon, peut-être est-ce la dernière qui est la plus réaliste ?

Réaliste techniquement, sans aucun doute. Faisable politiquement, peut-être demain ou plus probablement après-demain. Mais une chose est sûre : si nous prenons au sérieux l’idée de lutter contre le réchauffement climatique et de préserver la possibilité de la vie humaine sur terre, il faut dépasser les limites que nous tendons à nous laisser imposer sur ce qui est possible ou non. Et ne pas avoir peur, au risque d’être un peu décoiffés, d’ouvrir grandes les fenêtres sur les autoroutes de la politique des transports.

Benoît Gaillard Trois idées iconoclastes pour rendre les transports vraiment écologiques

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Tout mais pas chauves !

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Question existentielle de la semaine : quelle somme d’argent les chauves sont-ils prêts à sacrifier pour retrouver un peu, voire la totalité, de leur chevelure ? C’est la question que des économistes américains ont posé à 151 hommes dégarnis. Réponse : les hommes interrogés débourseraient entre 5’300 et 5’800 dollars pour revenir au stade antérieur de leur calvitie, et sont prêts à investir jusqu’à 37’000 dollars pour retrouver totalement leur chevelure.

Des chiffres qui rejoignent une enquête précédente qui montrait que 70% des hommes interrogés sont «très angoissés» par l’idée de la perte de cheveux. Au point qu’une immense majorité d’entre eux se déclarent prêts à abandonner la consommation de bière ou à arrêter de regarder des films pornos si cela leur permet de garder leurs cheveux. 8% de ces hommes sont même prêts à abandonner… leur vie sexuelle si cela leur permet de retrouver leur chevelure de jeunesse!

On apprend aussi, cette semaine, que le prince Harry d’Angleterre s’apprête à dépenser 50’000 livres sterling pour des implants, tant il a peur de finir à moitié chauve comme son frère et son père, et de ne plus renvoyer l’image d’un prince jeune et moderne.

La calvitie est donc clairement un gros, gros souci pour nos amis les hommes.

En perdant leurs cheveux, ils ont l’impression de tout perdre : jeunesse, virilité, séduction, sex-appeal.

Tout juste s’ils ne sont pas convaincus que sans cheveux, pas de Chérie, mais le célibat et les sites de rencontres pour l’éternité

Tout juste s’ils ne sont pas convaincus que sans cheveux, tous les regards sont braqués sur eux dans le bus, en train de penser qu’ils sont malades du cancer.

Dès les premières chutes de cheveux, tous les matins ils scrutent le miroir, comptent terrifiés les cheveux perdus et les millimètres de peau nue qui apparaissent.

Dès les premières chutes de cheveux, ils dépensent des fortunes en shampoings spéciaux, crèmes miracles ou opérations d’implants plus ou moins fantaisistes.

Quand on pense qu’à 50 ans, la calvitie touche un homme sur deux, qu’elle est donc, au sens statistique, d’une banalité extrême, on ne peut que prendre la mesure du désastre psychologique et économique.

En tant que femme, je pourrais me réjouir que les hommes aient leur part de complexes liée à leur apparence. Mais je suis d’humeur magnanime ce matin.

Même, je les plains, car nous sommes devant un cas flagrant d’injustice et d’inégalité hommes-femmes. Se teindre les cheveux, comme font toutes les femmes – qui elles ne perdent pas leurs cheveux – c’est facile. Se remettre des cheveux sur le crâne, c’est moins facile.

Un seuil conseil, messieurs : rasez tout. Mais vite ! Le pire, c’est l’hésitation, l’entre-deux, le ni-ni, le ni-chevelu ni-chauve, la demi-couronne derrière le crâne, la mèche solitaire, les favoris qui compensent les tempes désertes ! Courage, que diable ! Sus aux cheveux qui tombent – vive le crâne lisse! Un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité !

Isabelle Falconnier Tout mais pas chauves !

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Le personnel des EMS est épuisé

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Vous aller nous parler d’un sondage qui fait état de la grande fatigue dont souffre le personnel des établissements médico-sociaux ?

C’est un mal sournois, connu de toutes les autorités en charge de la santé publique, mais personne n’en parle. Le personnel soignant, de manière générale, mais tout particulièrement employé dans les EMS, est épuisé. Le syndicat UNIA vient d’en apporter une preuve supplémentaire et chiffrée. Les résultats du sondage publié en fin de semaine dernière n’ont peut-être par la rigueur absolue d’une étude scientifique, mais ils démontrent l’ampleur du problème.

Les soignants souffrent d’une trop forte pression, mais ceux employés dans les EMS vivent une situation de surmenage.

Sur près de 3000 soignants sondés dans toute la Suisse, un bon tiers travaillent dans des EMS. 93% sont des femmes, en grande majorité aides-soignantes et assistantes en soins communautaires. Les trois-quarts des personnes sondées souffrent de problèmes physiques, et elles sont près de 86% à se plaindre d’une lourde fatigue, pour ne pas dire d’épuisement. Les médecins traitants n’auraient sans aucune peine à accréditer les chiffres, tant le problème est connu. Et on ne parle pas d’une sujet presque tabou : la proportion de personnes qui souffrent d’un « burnout », voire de dépression, dans le secteur de la santé est nettement plus élevée que dans d’autres domaines économiques.

Le climat n’a pourtant pas toujours été aussi tendu dans les établissements médico-sociaux ?

Bien-sûr que non. Il y a une trentaine d’années en arrière, plus de la moitié des résidents étaient partiellement ou presque totalement autonomes. Avec le développement des soins à domicile, une option qu’apprécient les personnes âgées et qui permet de réduire la facture à charge des pouvoirs publics, on entre aujourd’hui en EMS pour ses derniers mois de vie. Autrement dit, lorsqu’on est déjà gravement malade, pour ne pas dire grabataire. Ces aînés nécessitent des soins plus lourds, qui prennent plus de temps. Or à l’instar ce qui a été imposé aux médecins, la durée des prestations est limitée. Imaginez-vous faire la toilette d’une personne impotente en moins de trente minutes. J’ai parfois l’impression de les maltraiter, me confiait une soignante il y a peu.

Pourquoi alors ne pas engager plus de personnel ?

C’est clairement la principale revendication du personnel soignant des EMS, les conditions salariales venant après. Une assistante en soins gagne largement moins que 5000 francs par mois, avec à la clé des horaires irréguliers et des samedis en dimanches au travail. Le système de financement introduit en 2011 a placé les institutions sous pression. Alors que les sociétés occidentales doivent affronter le défi du vieillissement de la population, les institutions ne disposent pas de suffisamment de moyens. Pour créer des fonds propres nécessaires à un projet de construction, certaines fondations n’hésitent pas à économiser sur le dos du personnel.

Si le problème est connu, pourquoi les autorités ne réagissent-elles pas ?

Tout simplement parce que la réalité des chiffres leur fait peur. La proportion des personnes âgées va doubler d’ici dix ans, notamment dans le canton de Vaud, qui bénéficie pourtant d’une dynamique démographique exceptionnelle, puisqu’il vient de passer les 800 000 habitants. Alors qu’il faut soutenir une partie toujours plus importante de la population active, qui n’arrive malgré tout pas à boucler ses fins de mois, il faut dans le même temps affronter la vague du vieillissement. Les ressources ne se trouvent plus chez le contribuable, qui est déjà pressé comme un citron, mais bien dans les priorités des tâches de l’Etat. Car une crise majeure s’annonce: 47% des soignants sondés en établissement médico-social songent à quitter ce domaine d’activité !

Isidore Raposo Le personnel des EMS est épuisé

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Taxer les billets d’avion, l’idée qui décolle

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La mobilisation des jeunes pour le climat qui a pris place en Suisse en ce début d’année 2019 est à saluer. Dans ce monde de l’individualisme, de la concurrence du court terme, lorsque surgit quelque chose de collectif, quelque chose qui nous rappelle que nous pouvons agir ensemble, on ne peut que se réjouir. D’ailleurs, celles et ceux qui ont tenté, dans un premier temps, de poser un regard goguenard sur ces manifestations, ont vite remballé leur cynisme à deux sous. S’il était si facile de faire la grève – même pour des écoliers, des collégiens, des gymnasiens – il y aurait grève tout le temps ! Or, le dernier mouvement de cette ampleur date bien des protestations contre la guerre en Irak, en… 2003. On est assez loin d’un recours régulier et irréfléchi à cet instrument. Et puis ensuite, les manifestations du samedi, avec encore plus de monde, ont donné le dernier coup de marteau sur le cercueil de ce mépris ridicule.

Cependant, se pose maintenant la question de la transformation de cet élan. Et là, pour l’instant, on est un peu déçu : La mesure qui s’est imposée dans la discussion publique cette semaine est ainsi celle de taxer les billets d’avions. Je sais pas vous, mais moi, quand je lis qu’on doit changer de système, ce n’est pas forcément à ça que je pense en premier…

Taxer un peu les vols qui sont devenus si bon marché, c’est donc une mauvaise idée ?

Dans l’absolu, non, cela peut être une bonne mesure. Mais il faut peut-être s’en méfier à au moins deux titres… Voyons plutôt. Mardi, le Grand Conseil vaudois a validé le principe d’une telle taxe, que le Conseil d’Etat sera chargée de défendre à Berne. Et ce, alors que le Conseil national vient de l’enterrer, fin 2018, dans le cadre de l’examen de la loi sur le CO2. Le PLR et l’UDC étaient alors unis pour s’y opposer. Surprise, quelques mois plus tard, des représentants de ces deux partis se retrouvent dans la coalition hétéroclite qui fait adopter la même idée au Parlement à Lausanne. La mobilisation citoyenne a-t-elle pesé sur les partis bourgeois ? Ou s’agit-il simplement d’une concession qui ne coûte pas grand-chose à ce stade, et qui permet surtout de revenir à l’ordre du jour normal, en ayant fait son petit geste climatique ? Laissons la question en suspens pour éviter les procès d’intention. Mais comme première traduction politique d’un impressionnant mouvement de jeunes, la taxe sur les billets d’avion ne fait pas rêver : pour changer le système plutôt que le climat, il en faudra un peu plus… D’ailleurs, l’un des principaux arguments pour la défendre déploie un amusant effet boomerang : de nombreux pays européens l’ont déjà mise en place. Certes, cela assoit sans doute le réalisme de la proposition, mais cela démontre dans le même temps que l’effet réel d’une telle taxe demeure très limité – et qu’elle est fondamentalement compatible avec ce fameux « système ». Ce qui a d’ailleurs à voir avec le deuxième problème que pose une telle mesure.

Oui, vous évoquiez tout à l’heure deux raisons de se méfier. La deuxième, alors ?

Elle est plus fondamentale. Au fond, pourquoi taxer les billets d’avion ? Pour que leur prix augmente. Et pourquoi faire augmenter leur prix ? Eh bien, théoriquement, pour que l’utilisation diminue. Sauf que… Plusieurs études démontrent que l’élasticité-prix de la demande de transport aérien est faible, c’est-à-dire que les hausses de tarif n’ont qu’un effet modéré sur la demande. Et, plus grave, ces hausses de prix frappent en priorité les foyers de condition modeste. C’est injuste, et c’est inefficace : ce sont bien les personnes à hauts revenus qui sont à l’origine des plus grandes quantités d’émission. Thomas Piketty, devenu célèbre pour son livre sur les inégalités, a ainsi démontré qu’au niveau mondial une personne appartenant au 10% des plus hauts revenus émet en moyenne 17 fois plus de CO2 qu’un individu issu de la moitié la moins aisée de la population. On risque donc, avec une taxe sur les billets d’avion, de donner une bonne conscience à ceux qui peuvent la payer sans problème, et qui continueront à voler tout autant, tout en frappant durement ceux qui sont les moins responsables du problème… pas génial, tout de même. C’est le problème de toutes les mesures basées sur le principe des signaux prix : vous ne percevez pas le signal de la même manière selon vos revenus !

Bon, alors, il faut quand même la sauver, cette taxe ?

Oui, car il n’y a pas de raison d’estimer que le prix actuellement très bas des trajets en avion est juste. Mais l’essentiel est d’affecter le produit de cet impôt à des buts clairs et compréhensibles. C’était l’idée de ce bon vieux Jacques Chirac en 2003, lorsqu’il a introduit une telle taxe, reprise par une dizaine de pays dans le monde, destinée à financer des achats de médicaments pour les pays en voie de développement. Demain, le prélèvement suisse sur les billets d’avion pourrait financer un abaissement du prix de l’abonnement général, ou, qui sait, la réintroduction de trains de nuit même lorsqu’ils ne sont pas rentables… Laissons donc décoller la taxe sur les billets d’avion. Mais si notre destination finale doit être le changement, le vrai, il va falloir allumer quelques autres réacteurs et attacher sa ceinture – nous y reviendrons la semaine prochaine. Les manifestations format A380 méritent mieux qu’une politique climatique low cost !

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Parents 1 et 2 : faites confiance à l’École de la Confiance !

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C’est au cours des débats parlementaires consacrés au projet de loi sur « l’école de la confiance » – l’intitulé est déjà orwellien – que les députés de la République en marche ont fait passer, en première lecture, un amendement remplaçant sur les formulaires scolaires les mentions de « père et mère » par « parent 1 et parent 2 ».

« Cet amendement vise à ancrer dans la législation la diversité familiale des enfants dans les formulaires administratifs soumis à l’école », a expliqué la député Valérie Petit, à l’origine du texte, relevant que ces formulaires ne « tenaient pas compte du vote de la loi sur le mariage pour tous et de l’existence de familles homoparentales ».

« On a des familles qui se retrouvent face à des cases figées dans des modèles sociaux et familiaux un peu dépassés » renchérit la députée Jennifer de Temmerman (LREM). « Aujourd’hui, personne ne devrait se sentir exclu par des schémas de pensée un peu arriérés. Cet article est une mesure d’égalité sociale », selon Madame le Député.

Oui, vous avez bien entendu, c’est par souci d’égalité, sociale qui plus est, que les notions de père et mère doivent être effacées à la faveur d’un matricule.

La palme revient toutefois au socialiste Joaquim Pueyot pour lequel cette réforme est « une question de respect et de dignité » !

Nous y sommes : les élites au pouvoir consacrent l’« homoparentalité », néologisme qui devrait déchirer les tympans, au nom du respect et de la dignité, on nous expliquera bientôt que c’est au nom des droits de l’homme.

Mme Taubira avait pourtant juré la main sur le cœur que son fameux « mariage pour tous » ne visait pas à légaliser l’adoption par des personnes de même sexe, ni la GPA, sigle pudique de la « gestation pour autrui » dont Michel Onfray a livré l’analyse philosophico-sociologique définitive de la réduction de l’homme à une marchandise.

Mais qu’est-ce qui leur a pris à ces députés « En marche » ?

Alors qu’ils légifèrent à tour de bras contre les libertés individuelles, transposent dans le droit commun les mesures d’état d’urgence, instituent le contrôle de l’information par le pouvoir et autorise celui-ci à prononcer des interdictions de manifester en se passant de l’avis d’un juge, voilà qu’ils sombrent dans l’égalitarisme idéologique le plus délirant.

La macronie est-elle à ce point bête ? Ne se souvient-elle pas des millions de Français de la « Manif pour tous » déjà gazés par les forces de l’ordre et à bien des égards préfiguration des Gilets jaunes ?

Certes, Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, avait annoncé : « Nous devons aller plus loin dans le changement, être encore plus radicaux dans nos méthodes, dans nos manières de faire, dans notre style ».

De là à remplacer les père et mère par des « parents 1 et 2 », alors que la révolution arrive, c’est vraiment faire preuve de débilité profonde.

L’une des premières choses que Matteo Salvini a faite en arrivant au Ministère de l’Intérieur italien allait exactement dans le sens contraire : « On m’a dit que sur le site du ministère de l’Intérieur, le formulaire pour demander une carte d’identité électronique comportait les mentions parent 1 et parent 2. J’ai immédiatement demandé au ministère de faire changer le site afin de restaurer la définition de père et de mère. Nous défendrons la famille nucléaire fondée sur l’union entre un homme et une femme ».

On connaît la popularité de Salvini en Italie…

Mais au-delà de la question ontologique, se pose celle du langage puisque les termes de père et mère ne doivent plus être énoncés.

Dans son génialissime 1984, George Orwell faisait dire à son Service des recherches au Ministère de la Vérité – quelle étonnante consonance avec l’Ecole de la Confiance : « Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. (…) Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. (…) La révolution sera complète quand le langage sera parfait. »

Voilà ce à quoi aspirent les élites au pouvoir.

Mais les peuples qui se soulèvent en France et en Europe veulent le contraire : ils veulent la Contre-révolution.

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